L'agronomie
L'Europe du VIIIe au XVIe siècle
Vers le VIIIe siècle, en Europe, l'agriculture s'organise avec des modes d'attelage des chevaux et des boeufs, plus efficaces, l'usage de la charrue, la rotation des cultures. Les échanges commerciaux, un climat favorable et les pratiques agricoles, développement des systèmes à jachère et culture attelée lourde, conduisent au doublement de la population de l'an 1000 à l'an 1340 (économie de fonctionnement malthusien).
Surpopulation, famines, début de la guerre de cent ans, les peuples sont décimés d'un tiers par la peste noire (1348-1351). Cette période a pour conséquences, entre autres, de dissoudre les liens féodaux donc d'affaiblir l'aristocratie foncière puis d'augmenter les salaires et dans les villes le nombre de bourgeois.
La période de la Renaissance du XIVe au XVIe siècle consiste pour le monde rural à retrouver les acquis du XIIIe siècle.
L'imprimerie, les démonstrations des astronomes, en même temps que les nouvelles lectures des oeuvres (enrichies au cours de siècles d'écrits de savants) artistiques, philosophiques et mathématiques de l'antiquité grecque notamment, laissent une empreinte indéniable sur la formation des raisonnements scientifiques modernes où s'établit l'importance donnée à l'observation.
Cette science nouvelle accompagnée des apports de techniques venus de Chine, permet la découverte des nouveaux mondes, élargit les frontières des revenus fonciers pour les pays conquérants, comme l'Espagne et le Portugal. Pour ces deux pays, l'afflux d'or et la virulence criminelle de leurs inquisiteurs conduit à détruire une grande part de leurs rouages économiques.
Après des dizaines d'années de fastes et d'ébullition intellectuels et artistiques mais aussi de pestes, d'inquisitions, de commerce d'esclaves bientôt à son paroxysme, à la fin de la période de cette Renaissance, surviennent les mouvements religieux de réforme et de contre réforme.
Bernard Palissy publie en 1563 sa " Recepte véritable par laquelle tous les hommes de la France pourront apprendre à multiplier et augmenter leurs trésors" et en 1580 "Discours admirable de la nature des eaux et fontaines tant naturelles qu'artificielles, des métaux, des sels et salines, des pierres, des terres, du feu et des émaux". Les pensées et observations du céramiste sur le cycle de l'eau, l'origine des fossiles, la fumure et les engrais s'avèreront fondatrices pour des sciences modernes dans ces domaines en particulier sa vision du cycle de l'eau .
La France du XVIIe au XXe siècle
A la suite des guerres de religion et après l'édit de Nantes, sous le règne d 'Henry IV, les écrits d' Olivier de Serres sont publiés un chapitre sur les mûriers puis, en 1600, le traité " Théâtre d’agriculture et mesnage des champs".
Versailles au XVIIe siècle et au-delà, avec Jean de la Quintinie (1626-1688), créateur (et savant) du Potager du Roy (1678-1683), est un centre horticole important sous le règne de Louis XIV cependant marqué de guerres et de famines.
Les conduites des cultures changent, les jachères sont peu à peu remplacées par des rotations de prairies, de plantes sarclées ou de légumineuses (le trêfle en rotation de culture était une pratique connue de l'antiquité mais oubliée au commencement de la nouvelle ère).
Par ailleurs les missionnaires catholiques, en Extrême-Orient, traduisent les textes et ainsi les connaissances des fonctionnements de ces sociétés, chinoises notamment, s'affinent en Europe.
Au XVIIIe siècle, le mot agronomie prend le sens qu'il a aujourd'hui, la France est un modèle pour la structuration de son administration, les sociétés savantes se multiplient, la "société civile" est créée. "Le siècle des lumières" "s'illustre des noms de Buffon, d'Antoine Auguste Parmentier, André Thouin, Jean Baptiste Lamarck, Carl Linné, Louis Daubenton, Antoine-Laurent Lavoisier.
La Société d'Agriculture de la Généralité de Paris, devenue aujourd'hui l'Académie d'Agriculture de France est fondée en 1761 par Louis XV.
Les pratiques culturales s'améliorent, de nouveaux légumes sont consommés par les populations. La France est avec 27 millions d'habitants avant la révolution, le pays le plus peuplé d'Europe et représente environ 2,6% de la population mondiale qui atteint déjà presque le milliard.
Cependant l'agriculture évolue lentement et ne change réellement qu'au XIXe siècle avec l'organisation de l'expérimentation en laboratoires, l'industrialisation des engrais, l'avènement des chemins de fer et la présence de stations agronomiques centrales et de leurs antennes sur tout le territoire.
La première moitié du XXe siècle est marquée par les deux premières guerres mondiales de l'humanité. Cependant, en 1916, le rapport Tisserand approuvé par l'Académie des Sciences projette les grands concepts de la structuration de l'agronomie française : ils s'avèreront applicables tout au long du siècle.
Toutefois la recherche agronomique en France suit les grandes évolutions de son temps :
Dès les années 1950, l'utilisation des tracteurs et des engins agricoles accompagnée de l' utilisation à grande échelle, des engrais, des plantes et animaux sélectionnés ainsi que des nourritures et pesticides concentrés, révolutionne les planifications et les rendements de l'agriculture.
Les recherches s'accélèrent, d'une part à cause des avancées scientifiques comme celles, dans le domaine des sciences du vivant, de l'anglais Crick et l'américain Watson, en 1953, qui découvrent la structure de l'ADN et d'autre part à cause de l'avènement des systèmes informatiques à partir des années 70.
( Bref historique de l'innovation pour l'amélioration des plantes à l'INRA. Pelletier G., 2011, extrait : La productivité agricole a fortement progressé - en 1955 il fallait moissonner 55 hectares et dépenser 1512 heures de travail pour récolter 100 tonnes de blé - en 2005 il suffisait de 13 hectares et de 6h 30)
La démographie
Il est admis que le taux moyen mondial d'acccroissement des populations humaines a évolué de 0,1% par an pour les périodes antiques puis médiévales, à 0,3% au début du XVIII e siècle, pour atteindre 0,6% vers le milieu du XIX e siècle.
En 2011, le lundi 31 octobre, les médias annoncent que d'après l'Organisation des Nations Unies, nous sommes 7 milliards d'êtres humains.
Définitions du dictionnaire de l'Académie française :
Agronome n.m. XIV e siècle. Emprunté du grec agronomos, "inspecteur chargé de la police des campagnes", composé de agros, "champ", et - nomos, "qui dirige, administre". Spécialiste de l'agronomie. En apposition Ingénieur agronome.
Agronomie n.f. XIV e siècle, comme hellénisme isolé ; XVIII e siècle, au sens moderne; Dérivé d' agronome.
Science qui a pour objet les relations entre les plantes cultivées, les sols, les climats, etc. et les techniques de culture. Un traité d'agronomie.
Grignon et l'INA
Grignon
1826, le roi de France Charles X acquiert le domaine de Grignon, pour y installer une ferme importante où doivent être expérimentées théories et méthodes utiles au développement de l'agriculture, puis le cède à la Société Royale Agronomique qui y crée en 1827 l'Institution Royale Agronomique.
L'Institution Royale Agronomique de Grignon délivre à l'époque des diplômes d'ingénieur agricole.
Le lieu régi ensuite par une succession de divers statuts et dénominations dont Ecole Impériale d'Agriculture en 1852, Ecole Nationale d'Agriculture en 1870, restera jusqu'à nos jours un centre d'enseignement agricole.
Au cours de la seconde guerre mondiale, un important réseau de résistance grignonnais s'est constitué contre l'occupant nazi. Dans ce combat à l'honneur de l'école, se comptaient le directeur, des étudiants et plusieurs parmi le personnel.
En 1960 une nouvelle organisation de l'enseignement agricole s'impose, l'Ecole Nationale Supérieure d'Agronomie, ENSA, délivre désormais, à ce titre, des diplômes d'Ingénieur Agronome.
L'INA
1848, sous la deuxième république, le premier Institut National Agronomique, l'INA, est fondé à Versailles, dans les grandes écuries du château, les fermes de La Ménagerie, de Satory, de Gally-Chèvreloup et au potager du Roy .
L'INA fondé sous la république de 1848, pour les agriculteurs, est supprimé en 1852 par l'empereur Napoléon III, alors que Grignon est nommée Ecole Impériale d'Agriculture; pendant ce temps l'Ecole Nationale Supérieure d'Horticulture (INSH) fait du Potager du Roy à Versailles son site expérimental.
L'INA est recrée en 1876 à Paris, sous la troisième république donc après la chute du second empire.
En 1919 les femmes sont admises à l'INA aux mêmes conditions que les hommes...
Le diplôme délivré est déjà celui d' Ingénieur Agronome.
Fusion officielle de Grignon et de l'INA : l'INA P-G
En 1971 l'ENSA de Grignon et l'INA Paris fusionnent sous le seul et même nom d'INA P-G, Institut National Agronomique Paris-Grignon.
1976, l'INA P-G est habilité à délivrer des titres de Docteurs-Ingénieurs et en 1988 de Docteurs de l'INA P-G
Naissance d'AgroParisTech
En 2007 l'INA P-G, Institut National Agronomique Paris-Grignon, l’ENGREF, Ecole nationale du génie rural, des eaux et des forêts et l’ENSIA, Ecole nationale supérieure des industries agricoles et alimentaires, trois Grandes Ecoles d'ingénieurs, se regroupent et créent AgroParisTech.
Références :
Joly, P. (ed.);Dolige, R. (ed.);Renaud, J. (ed.). Grignon, de l'Institution Royale... à l'INA P-G. Deux siècles d'agronomie. Editagro;Paris, 1995, 333 p.
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