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A la poursuite du charançon rouge du palmier

Pour mieux comprendre le comportement de Rhynchophorus ferrugineus et, à terme, limiter sa prolifération, des chercheurs de l’Inra Versailles-Grignon testent avec succès une puce électronique qui permet de suivre les déplacements de ce ravageur.

Charançon rouge du palmier, Rhynchophorus ferrugineus, équipé d’une puce électronique de type RFID (en anglais radio frequency identification) décelable à courte distance (10 cm).. © Inra, Rachid Hamidi
Mis à jour le 15/06/2017
Publié le 24/01/2017

Originaire d’Asie, le charançon rouge, Rhynchophorus ferrugineus, est un redoutable ravageur. Ses larves dévorent l’intérieur des palmiers - palmiers dattiers essentiellement au Moyen-Orient, palmiers ornementaux en Europe, les entrainant vers une mort inéluctable. Evaluer et comprendre les déplacements de cet insecte est un élément essentiel pour estimer et surtout gérer le risque qu’il représente mais bien des inconnues demeurent.

Des scientifiques de l’Inra Versailles-Grignon ont cherché à mettre à profit une technologie récente et prometteuse, la radio-marquage, afin d’avoir une vision fine des déplacements du charançon rouge, au niveau du palmier où il vit la plupart du temps caché dans les nombreuses anfractuosités de la plante ou à proximité lorsqu’il s’en éloigne et se disperse.

Facile à dire, encore fallait-il le faire !

Du matériel à toutes épreuves…

Les chercheurs ont d’abord évalué la résistance du matériel, des puces électroniques de type RFID (en l'anglais radio frequency identification) décelables à faible distance (10 cm) et des radio-transmetteurs équipés d’une antenne et d’une micro-batterie, et décelables à plus grande distance (> 50 m selon les indications du fabricant) au comportement fouisseur de l’insecte. Ils ont fixé les puces sur le thorax des insectes et ont laissé évoluer les insectes marqués en milieu confiné, dans des conditions proches du milieu naturel.

Une semaine plus tard, la quasi-totalité des puces (90 %) étaient toujours en place. Les puces RFID étaient toutes intactes à l’inverse des radio-transmetteurs dont la majorité des antennes (90 %) étaient brisées, ce qui réduisait fortement leur capacité à pouvoir être détectés à distance.

… et sans conséquence pour le comportement de l’insecte

La présence des puces RFID n’a pas affecté la capacité à voler des insectes. Par contre, si les radio-émetteurs permettaient à tous insectes de s’envoler, seuls 17 % d’entre eux ont pu voler normalement, les autres étant gênés vraisemblablement par le poids du matériel.

Forts de ces premiers résultats, les chercheurs ont privilégié les puces RFID. Leur détection et leur localisation à partir d’insectes invisibles parce qu’évoluant au cœur des palmiers, se sont révélés aisées, et quasiment sans inférence lorsque deux insectes étaient au contact. Plus encore, ces puces n’ont affecté ni l’accouplement ni la ponte.

Ces résultats, encourageants, offrent des perspectives intéressantes pour étudier le comportement du charançon rouge du palmier. L’utilisation des puces RFID pourrait permettre à terme d’avoir une vision précise de la dynamique de regroupement ou de dispersion de cet insecte dans la perspective d’apprécier et de gérer au mieux le risque qu’il représente.

Le charançon et la puce, en pratique

Une température de 27°C, une humidité frisant les 70 %, une photopériode alternant 13 heures de lumière et 11 h d’obscurité, telles ont été les conditions environnementales auxquelles ont été soumis 77 charançons rouges du palmier (38 mâles et 39 femelles) utilisés au cours de ce travail. Elevés en laboratoire, les insectes étaient âgés de 15 jours au moment des expériences. Confinés comme il se doit dans une enceinte de quarantaine, les insectes adultes étaient nourris avec de la canne à sucre fraîche, les larves avec un milieu nutritif adapté.

Les puces, RFID ou radio-transmetteur, étaient collées sur la face dorsale à l’avant des insectes (thorax). A cet endroit, la surface de la carapace avait été préalablement abrasée à l’aide d’un papier de verre fin afin d’assurer une bonne adhésion de la colle.

En moyenne, les puces RFID pesaient 32,9 mg pour une taille de 8,4 x 1 mm tandis que les radio-transmetteurs pesaient 170 mg pour une taille de 8 x 4 x 2 mm plus l’antenne dont la longueur atteignait 150 mm. Rappelons qu’un charançon rouge du palmier adulte, c’est, en moyenne, une taille de 35 mm de long en dehors du rostre et 12 mm de large pour un poids de 800 mg.

A propos de

Hamidi R., Couzi P., Khfif K., Rochat D. (2016) Impact of active and passive radio tags on the flying and burrowing behavior of the red palm weevil, Rhynchophorus ferrugineus (Coleoptera: Dryophthoridae). Appl. Entomol. Zool. DOI:10.1007/s13355-016-0464-x