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Manger local réduit-il les émissions de gaz à effet de serre liées aux transports des biens agricoles?

A la faveur d’un modèle stylisé, des chercheurs de l’Inra révèlent que manger local ne réduit pas nécessairement les émissions de gaz à effet de serre liées aux transports des biens agricoles si l’on dresse le bilan environnemental au niveau de l’ensemble des villes. Précisant les conditions dans lesquelles un approvisionnement local est compatible avec la minimisation des émissions totales, ils montrent qu’il peut être préférable d’importer une partie de l’alimentation dans les régions où la population urbaine est la plus grande.

Paysage agricole de polyculture maraichère de pleine terre dans le Finistère.. © Inra, LE BASTARD Rémi
Publié le 22/12/2017

Nourrir une population de plus en plus nombreuse et de plus en plus urbaine implique de transporter des volumes de denrées alimentaires toujours plus grands sur des distances toujours plus longues. Du fait des conséquences environnementales du transport (utilisation d’énergie fossile, émissions de gaz à effet de serre), les systèmes alimentaires favorisant un approvisionnement local et des circuits plus « courts » suscitent un intérêt croissant.

La réalité de l’effet bénéfique de ces systèmes sur l’environnement pose néanmoins question. D’un strict point de vue environnemental, l’hétérogénéité des conditions de production peut en effet justifier un approvisionnement en provenance de régions éloignées si la production y est suffisamment plus efficace et/ou moins émettrice. Cet effet est bien documenté par des analyses de cycles de vie portant sur plusieurs produits agricoles. Un autre mécanisme, moins bien documenté, concerne les besoins accrus en surfaces agricoles autour des villes pour répondre à la demande urbaine locale. Ils tendent à accroître plus que proportionnellement les distances parcourues au sein de la région concernée. Comme les modes de transport utilisés au sein d’une région sont souvent plus émetteurs que ceux utilisés dans le transport longue distance, l’effet sur les émissions est ambigu. C’est ce point que des chercheurs en économie de l’Inra ont analysé plus précisément.

 

L’analyse développée dans ce cadre, repose sur un cadre stylisé original qui combine un modèle d’équilibre partiel multi-régions, une représentation explicite de l’allocation des terres entre usages urbains et agricoles, des flux de transports et des émissions associées, et des éléments d’économie géographique permettant de tenir compte des effets d’agglomération et de dispersion dans les analyses de bien-être.

Les résultats indiquent qu’un approvisionnement purement local ne permet pas nécessairement de minimiser les émissions liées au transport, et ce même en l’absence de différences de productivité entre régions. Ils montrent également qu’un approvisionnement local peut être compatible avec la minimisation des émissions et la maximisation du bien-être dans certaines régions (celles où les villes sont de taille intermédiaire), mais qu’il est préférable que les plus grandes villes importent tout ou partie de leur nourriture. Le seuil au-delà duquel l’approvisionnement local est défavorable aux émissions dépend de la distribution de la population urbaine entre les régions et des rendements. A même niveau de production, une baisse de la productivité agricole peut engendrer une hausse des émissions liées au transport en raison d’un besoin accru de terres agricoles, plus éloignés des points de collecte.

 

Ces travaux ont permis de poser les bases d’un modèle stylisé combinant des éléments d’économie géographique, d’économie des transports et d’économie de l’environnement. Ils ouvrent la voie à des développements plus appliqués qui devraient permettre de mieux intégrer les déterminants des choix de localisation des productions agricoles, la concurrence pour le foncier et les émissions liées au transport des biens agricoles et alimentaires ; de mieux formaliser les flux des produits au sein des bassins de production agricole et entre les bassins de production et de consommation et de mieux tenir compte de l’hétérogénéité spatiale des pratiques alimentaires.

REFERENCE

De Cara, S., Fournier, A., Gaigné, C. (2017). Local Food, urbanization, and transport-related greenhouse gas emissions. Journal of Regional Science. 57:75. doi:10.1111/jors.12299.