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Fertilisation azotée : dépasser les effets de fixation de la méthode du bilan

L’amélioration incrémentale de la méthode du bilan ne suffit plus pour atteindre les meilleures performances agronomiques, économiques et environnementales. Une méthode alternative, basée sur le suivi de l’état azoté de la culture, et des apports réalisés en fonction des conditions climatiques, révèle d’ores et déjà son intérêt chez les agriculteurs qui l’ont testée.

Champs de céréales dans bocage ouvert et entretenu. Au premier plan à gauche, bande enherbée en bordure de champ.. © Inra, CAUVIN Brigitte
Mis à jour le 01/08/2017
Publié le 01/08/2017

Depuis 40 ans, le raisonnement de la fertilisation azotée du blé a bénéficié de nombreuses avancées dans le domaine de la recherche et du développement agricole, largement orientées par le consensus autour de la méthode du bilan. Malgré tous ces progrès scientifiques, force est de constater que réussir simultanément à atteindre un rendement maximal et une teneur en protéines des grains satisfaisante, tout en minimisant les pertes azotées vers l’environnement reste un défi majeur.

Plus encore, l’analyse des 20 rapports des Groupes régionaux d’expertise nitrate ou GREN*, et des entretiens auprès d’une diversité de praticiens (agriculteurs et conseillers) ont révélé des limites importantes dans la mise en œuvre de la méthode du bilan. Ces limites concernent les éléments clés du raisonnement, en particulier l’ambigüité autour de la définition de l’objectif de rendement, le manque de confiance des agriculteurs et conseillers dans les analyses de sol pour estimer la disponibilité en azote minéral à la sortie de l’hiver, et l’anticipation des apports par les agriculteurs, afin d’éviter des périodes de sécheresse.

Des chercheurs de l’Inra ont fait l’hypothèse que, en combinant un diagnostic des usages des méthodes et outils existants, et un processus de conception innovante, il était possible de concevoir une nouvelle méthode de raisonnement de la fertilisation azotée conciliant mieux les différents enjeux. L’ensemble du travail a été réalisé en collaboration avec Arvalis-Institut du végétal.

 

Articulation entre diagnostic, ateliers et modélisation

 

Des ateliers de conception, regroupant une diversité d’acteurs, ont permis de proposer un nouveau paradigme : une méthode basée sur un suivi régulier de l’état azoté de la culture, sans objectif de rendement, sans mesure d’azote du sol, avec des apports recommandés en fonction des conditions climatiques. Ces ateliers ont suscité la production de nouvelles connaissances, indispensables à la mise au point d’une méthode d’aide à la décision à partir de ce concept. Une trajectoire plancher de l’indice de nutrition azotée, avec des carences temporaires pendant la première moitié de la montaison du blé, non préjudiciables au rendement et favorables à la teneur en protéines et à l’efficience d’utilisation de l’azote, a été déterminée. L’utilisation du modèle de culture Azodyn a permis de construire des règles de décision tenant compte des risques climatiques, respectant la trajectoire plancher et permettant de minimiser les pertes environnementales. Un test de l’usage du prototype conçu a été mis en œuvre auprès de deux groupes d’agriculteurs, démontrant la faisabilité de la méthode et son intérêt pour décaler les apports d’engrais vers des périodes où leur efficience est plus élevée et ainsi réduire les doses totales apportées. L’intérêt de cette méthode réside également dans le fait qu’elle constitue une source d’apprentissage pour les agriculteurs et les conseillers.

 

De nombreuses perspectives

 

A terme, l’adaptation de la méthode à l’ensemble des conditions françaises devrait permettre d’estimer les réductions de dose possibles, et donc les réductions de pertes azotées annuelles (en particulier gazeuses) liées à l’usage des engrais. Un projet financé dans le cadre des Partenariats européens pour l’innovation (PEI)  a démarré avec la région Centre-Val de Loire pour tester la méthode à grande échelle et l’adapter à la diversité des situations de cette région. Enfin, une adaptation à d’autres cultures, tel le colza, est également envisagée.

 

* Les Groupes régionaux d’expertise nitrates ont pour objectif de proposer les références techniques nécessaires à la mise en œuvre opérationnelle de certaines mesures du programme d’actions national qui s’applique dans les zones vulnérables aux nitrates d’origine agricole. Ces références concernent plus particulièrement l’analyse de sol et le calcul de la dose prévisionnelle d’azote à apporter prévus par le programme d’actions national.

En savoir plus

Ravier C. 2017. Conception innovante d'une méthode de fertilisation azotée : Articulation entre diagnostic des usages, ateliers participatifs et modélisation. Thèse de doctorat, AgroParisTech, 203 pages. 

Ravier C., Meynard J.M., Cohan J.P., Gate P., Jeuffroy M.H., 2017. Early nitrogen deficiencies favor high yield, grain protein content and N use efficiency in wheat. European Journal of Agronomy, 89, 16-24.

Soenen B., Cohan J.P., Jeuffroy M.H., Meynard J.M., Ravier C., 2017. Fertilisation azotée du blé : raisonner sans objectif de rendement ? Perspectives agricoles, 445, 40-42