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EcoPhyto 2018 : des objectifs de réduction des pesticides probablement pas atteints pour les grandes cultures

Utilisation des pesticides, peu de baisse. Qualité de l’eau, peu ou pas d’amélioration

Tracteur pesticides. © Inra, JM Bossenec/Inra
Par Catherine Foucaud-Scheunemann
Mis à jour le 20/04/2017
Publié le 06/04/2017

Les pesticides sont l’objet d’enjeux environnementaux et de santé publique considérables. Dès 2008, la France se dotait d’un plan ambitieux dit « Ecophyto 2018 » dont l’objectif était de réduire de moitié, dans un délai de dix ans, l’utilisation de ces produits phytosanitaires.

Depuis, où en est-on ? Des chercheurs de l’Inra Versailles-Grignon se sont intéressés à la question. Ils ont analysé, sur la période 2008-2013, à l’échelle nationale et régionale, les ventes et utilisations de pesticides au travers de trois indicateurs : le nombre de doses unitaires (NODU), la quantité de substances actives (QSA) et la fréquence de traitement (IFT). A l’aide de ce dernier indicateur, ils ont évalué les changements dans l'utilisation des pesticides pour sept grandes cultures (blé dur, blé tendre, orge, colza, tournesol, pois et betterave à sucre) ainsi que l'impact de ces changements sur la qualité de l'eau.

Utilisation des pesticides, peu de baisse

Même si la quantité de substances actives (QSA) utilisée est restée globalement stable entre 2008 et 2013, le nombre total de doses unitaires (NODU) a progressé de + 0,074 dose par an et par hectare de terres agricoles sur cette même période. A titre comparatif, en France, la NODU est de +2,07 doses pour la surface agricole totale, toutes régions et cultures confondues. Notons que l’augmentation était plus forte pour les herbicides que pour les fongicides et insecticides dont l’utilisation à l’échelle nationale est restée stable.

Entre 2001 et 2014, à l’échelle nationale, la fréquence de traitement (IFT) total de la majorité des cultures étudiées n’a pas diminué significativement même si les tendances diffèrent selon les régions et les cultures avec certaines situations caractérisées par des augmentations, et d’autres par des diminutions de l’IFT. Seul l’IFT du blé tendre a diminué mais cette diminution est faible (-0,044 unité d’IFT par an).

Qualité de l’eau, pas ou peu d’amélioration

Entre 2007 et 2012, la pollution des eaux n’a pas diminué. A l’échelle nationale, la proportion d’échantillons dont la teneur en pesticides dépassait 0,5 µg/l (seuil d’acceptabilité pour l’eau potable) doublait, passant de 15,4 % à 36,8 %. Cette proportion dépassait même 50 % pour les régions Île-de-France et Nord Pas de Calais. Bien que certains composés actifs, tels l’atrazine et le metolachlore, aient été retirés de la vente dès 2003, leur teneur dans les eaux de surface, qui avait diminué entre 1997 et 2007, s’est ensuite stabilisée voire a augmenté durant la période 2009-2013. Un temps de latence potentiel entre le moment d’application de ces substances et leur passage dans les eaux de surface serait susceptible d’expliquer ce décalage.

 

Mise en place dès 2008 en France, la politique publique relative à la réduction de l’utilisation des pesticides n’a pas été suivie d’effet sur la période 2008-2013. La réduction de l’usage des produits phytosanitaires a été observée dans certaines situations, mais les diminutions sont faibles et, même si ces tendances se prolongent, l’objectif de réduction des pesticides de 50 % en 10 ans ne sera pas atteint pour les grandes cultures. Le plan « Ecophyto 2018 » reposait, entre autres, sur l’hypothèse majeure qu’apporter aux agriculteurs des informations sur le statut sanitaire des cultures, l’utilisation des pesticides et les techniques/systèmes bas intrants, encouragerait ceux-ci à diminuer leur usage des pesticides. Ceci n’a apparemment pas eu l’effet escompté, une des raisons pouvant être un niveau faible, relativement à d’autres pays Européens, des taxes appliquées aux pesticides.

Aujourd’hui, la réduction de l’utilisation des produits phytopharmaceutiques est plus que jamais nécessaire. En 2015, le plan « EcoPhyto 2018 » a laissé place au plan « EcoPhyto II ». Son objectif est de réduire de 50 % l’utilisation des pesticides à horizon 2025 en s’appuyant sur des mutations profondes des systèmes de production et des filières soutenues par des déterminants politiques de moyen et long terme. La France pourrait cependant gagner à s’inspirer des politiques mises en place dans d’autres pays qui ont réussi à faire baisser sensiblement l'usage des pesticides, comme un système compensatoire (Suisse), ou des taxes élevées sur les pesticides (Danemark).

En savoir plus

Hossard L., Guichard L., Pelosi C. and Makowski D. 2017. Lack of evidence for a decrease in synthetic pesticide use on the main arable crops in France. Science of the Total Environment 575: 152.