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Alimentation durable : effets d’une taxe environnementale sur les aliments à base de produits animaux

Gaz à effet de serre, qualité nutritionnelle et équité sociale

Sausisses fumées et andouillettes.. © Inra, MANSION Nathalie
Par Catherine Foucaud-Scheunemann
Mis à jour le 27/06/2016
Publié le 17/05/2016

En France, les activités agricoles et alimentaires représentent environ un tiers des émissions de gaz à effet de serre ou GES (Source : Ademe). En matière de lutte contre les dérèglements climatiques, la réduction de ces émissions est un enjeu important sur lequel se sont encore très récemment engagés les Etats, dont la France, à l’occasion de la COP21.

Les produits animaux et notamment la viande pèsent lourd en termes de GES. Sources de graisses saturées, ils sont également associés à des pathologies telles que l’obésité et les maladies cardiovasculaires. Gaz à effet de serre, qualité nutritionnelle et équité sociale sont autant d’éléments qui interrogent finalement la durabilité de ces produits.

Dans ce contexte, alors que les mesures budgétaires sont un moyen, parmi d’autres, pour privilégier des options durables dans divers secteurs dont celui de la nutrition, des économistes de l’Inra ont cherché à évaluer l’intérêt d’une taxe à la consommation sur les aliments à base de produits animaux.

Le panier de la ménagère : dépenses de consommation des ménages et durabilité

Les chercheuses ont analysé les achats alimentaires réalisés par les ménages français entre 1998 et 2010 à partir d’une enquête nationale. Elles en ont évalué l’impact environnemental selon trois critères – émissions de GES et changement climatique (CO2), acidification de l'air (SO2) et eutrophisation (N) - et le contenu en caractéristiques nutritionnelles (notamment énergie, glucides, lipides, protéines animales et végétales). Ces analyses prennent en compte la variabilité sociale des achats alimentaires en considérant également le revenu des ménages et la tranche d’âge des personnes de référence au sein des ménages. Ainsi, au cours de cette étude, la durabilité de l’alimentation est envisagée sous trois dimensions : l’environnement, la santé, et l’équité sociale.

Les économistes ont mesuré les effets sur l’environnement, la nutrition et le budget alimentaire de la mise en place de deux scénarios de taxation qui simulent une augmentation de 20 % du prix des aliments à base de produits animaux - cette valeur, issue de la littérature, a été montrée comme nécessaire pour obtenir des effets favorables sur la santé. Le premier scénario privilégie les aspects environnementaux de la durabilité des aliments. Ainsi tous les produits à base de produits animaux sont visés par la taxe. L’augmentation concerne les viandes, les poissons, les graisses animales, les fromages et autres produits laitiers ainsi que les plats préparés. Le second scénario tient également compte des aspects nutritionnels de ces produits et l’augmentation exclut poissons et les produits laitiers autres que les fromages, plus vertueux en termes nutritionnels, en particulier en ce qui concerne les matières grasses.

Taxer les aliments à base de produits animaux en conciliant environnement, santé et équité sociale

Les économistes ont ainsi mis en évidence que, d’une manière générale, les consommateurs sont sensibles aux variations de prix des produits d'origine animale : une augmentation de prix de 20 % les inciterait à limiter la consommation de ces produits. Ces modifications  des achats alimentaires  influencent le niveau des émissions de GES mais aussi la teneur de l’alimentation en nutriments essentiels.

L’adéquation aux recommandations nutritionnelles a été évaluée en fonction de la proximité ou de l’éloignement des comportements par rapport aux recommandations du Programme national nutrition santé (PNNS) pour juger des variations concomitantes de la qualité nutritionnelle.  

Lorsque les prix de tous les produits à base de produits animaux sont affectés par la taxe, les chercheuses observent une réduction des émissions de CO2 de 7,5 %, soit 99 kg équivalent CO2 / an et par ménage. Cette valeur est proche des émissions produites par un trajet de 700 km avec une berline de cylindrée moyenne. Les indicateurs relatifs à l’acidification de l'air (-14,5 % pour SO2) et à l’eutrophisation (-8,4 % pour N) diminuent également. Cependant la qualité de l’alimentation s’en trouve dégradée.

Lorsque les poissons et les produits laitiers autres que le fromage sont exclus de cette hausse des prix, les scientifiques constatent, au contraire, que la qualité de l’alimentation s’améliore tandis que l’impact environnemental des produits animaux est toujours à la baisse (- 7,0 % pour CO2, -13,2 % pour SO2 et -6,6 % pour N).

Ce second scénario limite la perte dans le budget alimentation à 4 %, soit l’équivalent de 61 euros / an et par ménage. Il affecte également l'équité sociale puisque cette taxe induit des pertes plus élevées pour les ménages à faible revenu, en particulier ceux dont la personne de référence est âgée de 31 à 45 ans. Pour ces derniers, le coût monétaire accru de l’alimentation n’est pas compensé par l’obtention d’une meilleure qualité nutritionnelle. Ainsi ces scénarios ne permettent pas d’obtenir une réelle réduction des inégalités nutritionnelles entre les ménages.
Au cours de cette étude, la prise en compte des dimensions environnementales, nutritionnelles et sociales de la durabilité appelle à de nécessaires compromis, entre bénéfices environnementaux et qualité nutritionnelle, au prix d’un coût supplémentaire pour le consommateur. D’une manière générale, une politique fiscale permettrait d’atteindre simultanément des objectifs d’amélioration de l'environnement et de la nutrition, et constituerait un signal fort à l’attention des consommateurs pour les inciter à modifier leur régime alimentaire.

Cette étude est la première à examiner dans le cas français une taxe environnementale sur l’alimentation, et à explorer sa dimension sociale par une analyse détaillée en fonction du revenu et de l’âge. Elle soulève également plusieurs questions,  en montrant notamment les limites de telles politiques en termes d’équité sociale. Dans cette perspective, les chercheuses suggèrent de compléter ces scénarios de taxation environnementale  par des subventions ciblées à même de compenser la perte du pouvoir d’achat, par exemple en utilisant les recettes de la taxe. Autant de réflexions à même d’éclairer les décideurs publics en matière d’alimentation durable.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Sciences sociales, agriculture et alimentation, espace et environnement
Centre(s) associé(s) :
Versailles-Grignon

En savoir plus

France Caillavet, Adélaïde Fadhuile and Véronique Nichèle. 2016. Taxing animal-based foods for sustainability: environmental, nutritional and social perspectives in France. European Review of Agricultural Economics 1–24. doi:10.1093/erae/jbv041.