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Intérêt des vers de terre dans la lutte contre une maladie du blé, le piétin-verse

Dans le sol, les relations entre organismes sont susceptibles d’influencer le développement de maladies provoquées par les agents pathogènes telluriques. Des chercheurs de l’Inra et leurs collègues ont ainsi montré que la présence de vers de terre permet de réduire l’incidence d’une maladie fongique, le piétin verse, sur le blé.

Vers de terre (Lumbricus terrestris L.). Individus adultes reconnaissables à leur clitellum.. © Inra, FAYOLLE Léon
Mis à jour le 01/03/2016
Publié le 01/03/2016

La recherche d’une agriculture limitant le recours aux intrants chimiques nécessite de mobiliser au mieux les régulations biologiques qui existent dans le milieu cultivé, afin de limiter la pression des ravageurs des cultures. Dans le sol, certains champignons qui provoquent des maladies des plantes sont ainsi en relation avec d’autres organismes, qu’il s’agisse d’organismes microscopiques ou d’organismes de plus grande taille comme les vers de terre.

Les vers de terre suscitent beaucoup d’intérêt chez les spécialistes du sol qui s’intéressent aux milieux cultivés. En effet, leur présence a, en général, un effet favorable sur la croissance des plantes. En creusant des galeries, ils améliorent notamment la porosité du sol et favorisent l’enracinement des plantes. En se nourrissant, ils participent également à la dégradation des matières organiques qui apporte de l'azote aux plantes.

Dans la perspective de développer des méthodes de lutte biologique, l'utilisation d'organismes tels que les vers de terre, représente une stratégie alternative potentielle pour lutter contre le piétin-verse, une des principales maladies fongiques du blé d'hiver, à l’origine de pertes de rendement parfois importantes.

De l’intérêt de Lumbricus terrestris sur l’incidence du piétin verse

A la faveur d’une étude expérimentale conduite en serre, des chercheurs de l’Inra et leurs collègues ont analysé la réponse de deux variétés de blé tendre d’hiver à la présence du champignon pathogène responsable, Oculimacula yallundae et de vers de terre de l'espèce anécique Lumbricus terrestris.

Ils ont ainsi mis en évidence que la présence de L. terrestris a un effet négatif sur la maladie fongique, dont elle permet de réduire l’incidence. La fréquence et la sévérité des nécroses diminuent de moitié pour les blés de la variété de blé Soissons, plutôt sensible au piétin-verse et des deux-tiers pour la variété Aubusson, plutôt résistante à la maladie. Ces résultats suggèrent que L. terrestris agit soit directement sur le champignon pathogène, en favorisant sa destruction soit indirectement en augmentant la résistance des plantes à l’infection.

 

De l’impact de Lumbricus terrestris sur le fonctionnement de la plante

Les scientifiques ont également noté que la présence de L.terrestris n’a pas d’effet sur la biomasse des plants de blé affectés par le champignon. Par contre, elle modifie la répartition des ressources dans la plante, favorisant la présence de carbone et d’azote dans la tige principale et l’épi. Ces résultats sont indépendants de la présence du champignon pathogène et suggèrent plus largement que la présence des vers de terre modifie le fonctionnement de la plante

 

Si cette étude a d’ores et déjà mis en évidence l’intérêt potentiel des vers de terre pour le biocontrôle du piétin-verse, il faut maintenant en préciser les déterminants et mécanismes et envisager l’intégration de cet effet dans des stratégies de protection des cultures au champ.

Ces travaux et leurs résultats constituent un des faits marquants de l'Inra Versailles-Grignon au titre de l'année 2015.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Environnement et agronomie
Centre(s) associé(s) :
Versailles-Grignon

Les vers de terre

Habitants bien connus de nos sols, les vers de terre comptent de nombreuses espèces qui se répartissent dans les différentes couches du sol :

• anéciques, ils fréquentent les profondeurs du sol. Ils creusent des galeries verticales qui leur permettent de monter consommer la matière organique présente à la surface du sol. De grande taille, parfois supérieure à un mètre, ils sont de couleur rouge, brun ou noirâtre comme Lumbricus terrestris, Aporrectodea giardi ou A. longa ;

• endogés, ils vivent dans le sol au sein duquel ils creusent des galeries horizontales et dont ils consomment la matière organique. Rose, gris ou verts mais globalement peu colorés, ils sont de petite taille tels A. caliginosa, A. icterica, Octolasium cyaneum ou Allolobophora c. chlorotica typica ;

• épigés, ils consomment le matelas de feuilles mortes et de débris végétaux qui se dépose à la surface des sols des forêts et prairies (on parle de litière). De petite taille, ils arborent une couleur rouge-bordeaux soutenue et se nomment Eisenia fetida, L castaneus, L. rubellus ou encore Satchellius mammalis. C'est également à cette catégorie qu’appartiennent les vers utilisés pour le compostage.

Reference

Bertrand M. et al. 2015. Biocontrol of eyespot disease on two winter wheat cultivars by an anecic earthworm (Lumbricus terrestris). Applied Soil Ecology 96: 33. DOI: 10.1016/j. apsoil.2015.07.006.