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Paternalisme et choix alimentaires

Evaluer le paternalisme consiste à comparer, pour une personne, les décisions prises pour elle-même et celles prises pour une autre personne. En matière d’alimentation, nombre de gens font des choix pour eux-mêmes différents de ceux qu’ils réalisent pour l’autre. Un constat qui invite à reconsidérer les impacts des politiques publiques dans le domaine de la nutrition.

Compote de fruits.. © Inra, MAITRE Christophe
Mis à jour le 06/09/2016
Publié le 14/01/2016

Les questions de consommation alimentaire occupent une place importante dans les débats de santé publique, en raison de liens significatifs entre consommations et maladies chroniques comme le diabète, l’obésité ou encore les risques cardio-vasculaires. Les autorités publiques et sanitaires tentent de promouvoir une alimentation équilibrée et durable, via différentes actions publiques, tel le Programme national Nutrition Santé (PNNS) ou la contribution sur les préparations liquides pour boissons sucrées plus communément appelée taxe soda. Le paternalisme, c’est-à-dire le fait de prendre des décisions pour guider voire contraindre les citoyens est, implicitement, à la base des interventions réglementaires sur les marchés. Cette problématique est évidemment importante pour les enfants, dont les choix alimentaires sont largement influencés par l’environnement familial.

Malgré les arguments fréquents justifiant ou blâmant le paternalisme, il existe peu de témoignages concernant la façon dont les personnes (les décideurs) prennent des décisions pour les autres, ou comment les bénéficiaires du paternalisme (les destinataires) réagissent aux décisions prises pour eux.

Des chercheurs de l’Inra ont choisi d’étudier le paternalisme dans un cadre expérimental, en comparant, pour un participant, les décisions prises pour lui-même et celles prise pour une autre personne, que celle-ci soit une personne anonyme, ou un membre de sa famille.

Décider pour soi ou pour les autres….

S’intéressant tout d’abord aux conséquences des décisions prises par des personnes anonymes, les scientifiques ont étudié comment les choix entre un aliment avec une dimension santé (pommes), et un aliment relativement moins bon pour la santé (biscuit chocolaté), sont influencés par les rôles respectifs des participants (décideurs ou destinataires). Cette expérience a été conduite auprès de quelque 300 personnes recrutées aux Etats-Unis (Stillwater, Oklahoma) et en France (Dijon). Après avoir fourni des informations sur le contenu nutritionnel des aliments, certains des décideurs font des choix plus sains pour les destinataires que pour eux-mêmes, notamment en France. A l’inverse, avant de recevoir les informations, les destinataires font des choix plus sains pour eux-mêmes, que ceux qu’ils attendent des décideurs. Enfin, plus de 75 % des destinataires préfèrent leurs propres choix, par rapport à ceux pris pour eux par les paternalistes.

Les chercheurs ont également mis en évidence la perte de bien-être que peut subir le destinataire, à cause de choix imposés. Quand les choix du décideur diffèrent des préférences et des choix du destinataire, ce dernier subit une perte de bien-être ou de surplus, au moins à court terme. Cette perte, qui peut être mesurée empiriquement, jouerait un rôle méconnu dans l'évaluation de l'opportunité des politiques publiques, souvent motivées par l'économie comportementale. Ainsi, des décideurs choisissant pour les autres, peuvent engager des politiques d’information nutritionnelle, qui ne seraient pas choisies si on se basait uniquement sur les choix des destinataires.

… plus compliqué qu’il n’y paraît !

S’intéressant ensuite aux conséquences des décisions prises par des personnes de la famille, les chercheurs ont examiné les choix effectués par des enfants et par leur mère. Les choix se focalisaient sur des aliments liés au goûter. Cette expérience a été conduite auprès de 111 équipes mère-enfant, recrutés à Dijon. Chaque mère et chaque enfant choisissait séparément pour eux-mêmes et pour l’autre membre de leur famille, entre des aliments relativement sains pour la santé (des compotes) et des aliments relativement peu sains pour la santé (des barres chocolatées).

De nombreux participants ont fait des choix pour eux-mêmes, différents des choix qu’ils ont réalisés pour l’autre personne de leur famille. Avant la révélation des informations sur le contenu nutritionnel des aliments, 51,3 % des mères se sont révélées « indulgentes » pour leur enfant, en choisissant moins d’aliments sains pour leur enfant que pour elles-mêmes. A l’inverse, 67 % des enfants se sont révélé «paternalistes» pour leur mère, en sélectionnant plus de produits sains pour leur mère que pour eux-mêmes. La communication du message nutritionnel influence significativement les choix des mères et des enfants en faveur des produits sains, à la fois pour eux-mêmes et pour autrui. Les participants, se révélant « paternalistes » avant la révélation du message nutritionnel, ont significativement plus de chances d’augmenter leur choix de produits sains pour eux-mêmes, à la suite de la révélation de ce message nutritionnel. Ce « paternalisme » vis-à-vis d’un membre de sa famille montre l’impact des liens familiaux sur l’efficacité des politiques nutritionnelles.

Plus globalement, ces résultats invitent à une analyse plus approfondie des impacts des politiques publiques dans le domaine de la nutrition, en étudiant notamment la relation parents-enfants.

Ce travail et les résultats qui l'accompagnent, constituent un des faits marquants de l'Inra Versailles-Grignon au titre de l'année 2015.

En savoir plus

Marette S. et al. 2016. Choosing for Others. Applied Econ. 48: 2093.

Lusk J. et al. 2014. The Paternalist Meets His Match. Appl. Econ. Perspect. Pol. 36: 61. doi: 10.1093/aepp/ppt031.

Marette S. et al. 2014. Impact d’une information nutritionnelle sur le choix de goûters pour soi ou pour autrui : les enfants sont-ils plus « paternalistes » que leur mère ? Nutrition clinique et Métabolisme 28 : S50. doi : doi:10.1016/S0985-0562(14)70616-8.