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Effets de l’intensité agricole et de sa distribution spatiale sur la biodiversité des oiseaux agricoles

Concilier biodiversité et agriculture grâce à des mesures agro-environnementales est au cœur de nombreux débats. Des chercheurs de l’Inra Versailles-Grignon et leur collègue ont montré que l’effet de l’intensité agricole sur la biodiversité des communautés d’oiseaux des milieux agricoles est renforcé par sa structuration. Ainsi, les oiseaux spécialistes des prairies sont d’autant plus affectés par l’intensité agricole que celle-ci est homogène. Des résultats déterminants en vue d’améliorer l’efficacité des mesures environnementales.

Le Pipit farlouse, Lullula arborea, ou Pipit des prés, est une espèce de passereau de la famille des Motacillidae qui niche en Europe, dans le nord de l'Afrique et l'est de l'Asie. 
Cliché pris en Autriche.
Mis à jour le 02/09/2016
Publié le 12/11/2015
Mots-clés : BIODIVERSITE - OISEAU

Si l'intensification de l'agriculture a joué, au cours des dernières décennies, un rôle crucial pour augmenter la production alimentaire, elle a aussi engendré des dommages environnementaux, affectant notamment la biodiversité des oiseaux des milieux agricoles. Aujourd'hui, l'agriculture doit résoudre une équation complexe : satisfaire une demande alimentaire croissante tout en améliorant son impact environnemental et sa durabilité. Des chercheurs de l’Inra Versailles-Grignon et leur collègue du Museum national d’histoire naturelle ont exploré le lien entre la distribution dans l’espace de l’intensité de l’agriculture et la biodiversité. Connaître la variation de la biodiversité en fonction de l’intensité agricole est indispensable pour déterminer où les politiques agroenvironnementales seront les plus efficaces.

Les scientifiques ont travaillé sur l’ensemble du territoire métropolitain à l’échelle de 152 petites régions agricoles ou PRA, couplant des bases de données qui décrivent l'agriculture et les oiseaux spécialistes des milieux agricoles. Ils ont ainsi caractérisé l'intensité agricole, à l’aide d’un indicateur basé sur les dépenses en intrants par hectare, considérant plus particulièrement cinq systèmes agricoles -  cultures industrielles, céréales, élevage bovin laitier, élevage bovin pour la viande et exploitations mixtes cultures/élevages – représentatifs de l’activité agricole à l’échelle de la France puisqu’elles concernent la majorité des fermes françaises (67 %) et couvrent plus de 80 % des terres agricoles. Ils ont également décrit les communautés d’oiseaux, 22 espèces au total, à l’aide de quatre grandeurs, renseignant leur taille (richesse spécifique) et leur composition (la spécialisation de la communauté vis-à-vis du milieu agricole, son niveau trophique, et sa spécialisation vis-à-vis de l’habitat prairial).

L’intensité agricole affecte la composition des communautés d’oiseaux…

Les scientifiques ont ainsi mis en évidence que l’intensité de l’agriculture a un effet plus important sur la composition de la communauté d’oiseaux d’une PRA, que sur sa taille. Les trois grandeurs qui caractérisent sa composition, à savoir, niveau trophique, spécialisation vis-à-vis de l’habitat prairial, ou encore spécialisation vis-à-vis du milieu agricole sont toutes affectées, révélant ainsi qu’au sein d’une communauté d’oiseaux, toutes les espèces ne sont pas égales. Certaines, pour lesquelles une faible augmentation de l’intensité agricole entraîne une forte perte de la diversité, seront ainsi défavorisées. A l’inverse, d’autres seront favorisées et leur place augmente au sein de la communauté jusqu’à un certain seuil. Les premières affectionnent les prairies, telle le pipit farlouse, le bruant jaune, l’alouette lulu, la pie-grièche écorcheur ou encore la huppe fasciée, où elles consomment des invertébrés, elles dominent la communauté dans les régions d’agriculture extensive. Les secondes, telle la perdrix, la bergeronnette printanière ou encore le bruant proyer, plutôt friandes de graines, sont inféodées aux terres cultivées. Elles remplacent les espèces défavorisées dans les régions qui abritent une agriculture plus intensive.

…et sa distribution spatiale renforce cet effet

Dans un deuxième temps, les chercheurs ont examiné les effets de la structuration spatiale de l’intensité agricole sur les communautés d'oiseaux. Pour certains groupes d’espèces, comme les espèces spécialistes des prairies, l’homogénéisation de l’intensité entre PRA voisines renforce son effet. La réponse de ces espèces à l’intensité agricole est plus forte dans les PRA entourées de PRA d’intensité similaire, que dans les PRA entourées de PRA d’intensité différente. Ces résultats suggèrent que les mesures promouvant l’extensification seraient plus efficaces dans les zones où l’intensité est modérée et homogène entre PRA. Favoriser une dispersion de l’intensité dans les zones de forte intensité pourrait être un autre levier pour y avantager les espèces défavorisées par l’intensité.

 

Ces travaux proposent, à la faveur d’un indicateur qui combine les différentes facettes de l’intensité agricole, un modèle statistique solide qui permet de prédire la composition d’une communauté d’oiseaux en fonction de l’intensité agricole. Ils révèlent l’effet de l’intensité agricole sur la biodiversité des communautés d’oiseaux en lien avec la structuration spatiale de l’intensité. Enfin, ils ouvrent des perspectives intéressantes pour ajuster et améliorer l'efficacité des politiques agroenvironnementales en faveur de la biodiversité en fonction du contexte et plus largement à l'échelle nationale.

Ce travail et les résultats qui l'accompagnent sont un des faits marquants de l'Inra Versailles-Grignon au titre de l'année 2015.

L’intensité de l’agriculture, en pratique

L’intensité de l’agriculture se caractérise par une productivité accrue des terres cultivées. Elle peut être évaluée en comptabilisant les intrants mobilisés pour le processus de production ou la production générée.

Dans cette étude, les auteurs ont utilisé une mesure basée sur les intrants, à savoir les dépenses en intrants, mesurées par le ratio entre les dépenses de différentes catégories d’intrants et la surface agricole utile (Dépenses en intrants/ha ou input costs, en anglais ou IC/ha, exprimé en €/ha).Les catégories d’intrants prises en compte incluent les dépenses individuelles concernant les engrais, les aliments pour animaux, les pesticides, les semences, le carburant, les produits vétérinaires et l'eau d'irrigation.

La valeur nationale moyenne de ce ratio est de 405,1 €/ha.

En savoir plus

Félix Teillard, Frédéric Jiguet, and Muriel Tichit. 2015. The Response of Farmland Bird Communities to Agricultural Intensity as Influenced by Its Spatial Aggregation. PLOS ONE DOI:10.1371/journal.pone.0119674.