• Réduire le texte

    Réduire le texte
  • Rétablir taille du texte

    Rétablir taille du texte
  • Augmenter le texte

    Augmenter le texte
  • Imprimer

    Imprimer

Mathématiques et réseaux sociaux au service de la biodiversité cultivée

Centralisés, décentralisés ou autres, les réseaux d’agriculteurs sont, selon leur typologie, susceptibles d’influencer les échanges de semences et donc la manière de gérer la biodiversité cultivée.

Paysages ruraux Lauragais. © Inra, CATTIAU Gilles
Mis à jour le 06/08/2015
Publié le 10/07/2015

Pendant des millénaires, la circulation, la multiplication, la sélection, la production et la conservation des semences ont constitué les différentes facettes du métier  d'agriculteur indispensables. Avec l’apparition, fin XIXème siècle, de la profession de semencier, la circulation, la multiplication, la sélection et la conservation des semences se sont séparées de la production, entraînant dans leur sillage une certaine érosion de la biodiversité cultivée et une spécialisation des agriculteurs dans la production. Aujourd’hui, en France comme ailleurs en Europe, diverses initiatives paysannes cherchent à re-développer les variétés locales et à retrouver une autonomie vis-à-vis de la production,  de la circulation, de la sélection et de la conservation des semences. Cela se traduit dans les faits par l’existence de réseaux d’échanges de semences entre agriculteurs, qui permettent le maintien des variétés en dépit des aléas pouvant conduire à des pertes de celles-ci (problèmes de stockage, catastrophes climatiques…). Ces pratiques de circulation de semences sont conditionnées par les relations sociales établies au grès des rencontres entre agriculteurs et sous-tendues par des normes établies au cours de leur expérience collective.

Réseaux relationnels et biodiversité cultivée

Des chercheurs en génétique des populations de l’Inra et leurs collègues statisticiens d’AgroParisTech ont exploré l’impact de la typologie de ces réseaux sur les risques d’extinction d’une variété végétale à l'aide d’un modèle mathématique de dynamique des populations.

Dans ce type de modèle, le réseau est décrit par un graphe qui combine des nœuds, ici les agriculteurs, reliés ou non par des arêtes, ici le lien social. Les scientifiques ont considéré que la diffusion d’une variété entre deux agriculteurs n’est possible que s’ils sont reliés par un lien social, pouvant par exemple matérialiser des échanges de conseils.

Différents types de graphe rendent compte de différentes structures sociales. Par exemple, certains présentent quelques nœuds centraux à travers lesquels est réalisée la majeure partie des diffusions ; d’autres, décentralisés sous forme de sous-groupe,  sont caractérisés par des nœuds connectés fortement à l'intérieur des groupes et faiblement avec les nœuds des autres groupes.

Entre centralisation et spatialisation

Les scientifiques ont mis en évidence que le nombre d’arêtes, ici le lien social est l’élément déterminant de ces réseaux. L’impact de la topologie des réseaux, c’est-à-dire de la distribution de ces liens, est moins importante et son influence dépend des autres paramètres tels le taux d'extinction, de colonisation, le nombre d'arêtes...

Ils ont également montré que lorsque le risque de perdre une variété est réel, un réseau centralisé organisé autour de quelques individus limite le risque d’extinction totale de la variété. Par contre, dans une situation où le risque d’extinction est faible, les réseaux plus décentralisés et homogènes  favorisent une présence plus forte de la variété chez les agriculteurs.

 

Cette étude contribue à une meilleure connaissance du rôle des organisations sociales dans le maintien de la biodiversité cultivée au sein de ces systèmes auto-organisés que sont les réseaux d’agriculteurs. Elle s’inscrit dans une réflexion autour de la gestion dynamique à la ferme de la biodiversité cultivée. Elle contribuera à l’élaboration de recommandations auprès des institutions et organisations qui partagent ces questions.

Ce travail et les résultats qui l'accompagnent sont un des faits marquants de l'Inra Versailles-Grignon au titre de l'année 2014.

En savoir plus

Pierre Barbillon, Mathieu Thomas, Isabelle Goldringer, Frédéric Hospital, Stéphane Robin. 2015. Network impact on persistence in a finite population dynamic diffusion model: application to an emergent seed exchange network. J. Theor. Biol. 365:365.