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Vers une spatialisation des ventes de produits phytosanitaires pour renseigner leur utilisation

Dans la perspective d’améliorer le suivi annuel de l’utilisation des pesticides en France, les chercheurs de l’Inra Versailles-Grignon proposent de désagréger les données de vente de produits phytosanitaires à l’échelle d’îlots élémentaires pour les ré-agréger au niveau d’espaces pertinents pour les acteurs des territoires.

Colza traitement phytosanitaire. © WEBER Jean
Mis à jour le 21/04/2015
Publié le 21/04/2015

Le programme Ecophyto a mis en place un système de redevances sur les ventes de produits phytosanitaires dues par les distributeurs de ces produits. Le calcul de ces redevances s’appuie sur les déclarations de vente établies annuellement par les distributeurs. Les données présentes dans ces déclarations sont agrégées au sein de la Base nationale des ventes distributeurs (BNVD) gérée par l’Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris).

 

Mieux évaluer le recours aux produits phytosanitaires

La BNVD permet de calculer annuellement des indicateurs liés aux ventes de produits phytosanitaires et constitue de ce fait le coeur de la veille réalisée sur le plan Ecophyto. Toutefois pour un usage cartographique, l’information reste imprécise car les déclarations sont rattachées à l’adresse du distributeur qui peut vendre ses produits à des utilisateurs très éloignés du point de vente.

Pour améliorer la précision des données contenue dans la BNVD, le ministère en charge de l’environnement a décidé de mettre en œuvre une déclaration des ventes par code postal de l’acheteur, considéré comme l’utilisateur final. En 2013 l’Inra a été chargé de proposer des modèles de spatialisation des données basés sur des déclarations faites au niveau code postal utilisateur. Les modèles utilisent des bases de données spatialisées disponibles sur l’ensemble du territoire national (données IGN, Registre parcellaire graphique, CORINE Land Cover…). Le principe est de désagréger les ventes au niveau de parcelles élémentaires. Cette information désagrégée pouvant ensuite être ré-agrégée au niveau d’entités de gestion telles que des communes, des bassins versants de rivière ou des aires d’alimentation de captages.   

 

Vers des modèles de spatialisation des données

Le résultat du travail a consisté en une série de modèles de spatialisation de complexité croissante.

Le modèle le plus simple répartit les ventes sur l’ensemble de la surface du code postal concerné, un deuxième modèle distingue les occupations du sol (urbain, milieu naturel, agricole), un troisième intègre les territoires d’exploitation pour tenir compte du fait qu’un agriculteur résidant dans un code postal donné peut exploiter des terres sur une commune relevant d’un autre code postal. Pour tous ces modèles, la méthode de répartition est la même, à savoir une répartition homogène sur la surface de référence (dépendant de la complexité du modèle retenu), seule la surface de répartition des produits phytosanitaires change.

 

Un dernier modèle a été proposé pour tenir compte du fait qu’un même produit peut donner lieu à des applications très différentes d’une culture à une autre. C’est notamment le cas pour les produits appliqués en végétation, autorisés en grande culture et en arboriculture. La densité du feuillage en arboriculture fait que les doses apportées sont plus importantes et que de surcroît la fréquence des applications est aussi plus élevée. A l’inverse des modèles précédents, le dernier modèle module le facteur de répartition en fonction des doses homologuées du produit considéré sans toutefois, à ce stade du travail, prendre en compte les fréquences de traitement (donnée difficilement accessible chaque année à l’échelle de la France).

La complexification des modèles s’accompagne d’un accroissement de leur validité conceptuelle mais d’un accroissement du coût d’accès aux données permettant de les mettre en œuvre. Ce facteur est important dans l’hypothèse où le traitement serait à effectuer par les services intéressés (agence de l’eau, services déconcentrés) qui ne disposent pas toujours du temps et/ou des compétences pour ce type de travail.

 

Au chevet des régions

C’est dans cette logique qu’un test comparatif de ces différents modèles a été conduit sur les données de la région Bretagne. Ce test réalisé sur les grands bassins bretons a montré peu de différence en ce qui concerne les masses totales de produits affectées à chaque bassin d’un modèle à l’autre. En revanche on note des variations ponctuelles importantes sur certains produits spécifiques de certaines cultures. Une analyse complémentaire menée à l’échelon France entière sur les découpages géographiques respectifs des masses d’eau, codes postaux et répartition des parcellaires d’exploitation entre communes (sur la base du recensement agricole de 2000) a permis de montrer que les différences entre sorties globales des modèles, minimes pour la Bretagne, pourraient être bien plus marquées dans d’autres régions comme l’Alsace ou PACA. On note aussi qu’une meilleure prise en compte des localisations des vergers et vignes serait un plus pour la méthode du fait de profils d’apports spécifiques en termes de produits phytosanitaires.

Ce travail, qui a consisté à proposer une désagrégation des données de vente de produits phytosanitaires à l’échelle d’îlots élémentaires puis de ré-agréger ces informations au niveau d’espaces pertinents pour les acteurs des territoires (masse d’eau, bassin versant, département…) est en phase de développement – valorisation :

  • il est la pierre angulaire de l’outil informatique développé par l’Ineris pour mettre à disposition des acteurs les résultats de cette spatialisation des ventes ;
  • la production du facteur de répartition de chaque produit phytosanitaire compatible avec chaque îlot du paysage national est en cours. L’association de ces facteurs aux données de ventes permettra d’obtenir par agrégation des informations sur la pression phytosanitaire estimée sur des découpages administratifs (commune, département, région) ou physiques (aire d’alimentation de captage) propres à l’utilisateur ;
  • la confrontation des données générées par le modèle de répartition avec des suivis de terrain se poursuit.

Ce travail et leurs résultats sont un des faits marquants de l'Inra Versailles-Grignon au titre de l'année 2014.

En savoir plus

Groshens E. 2013. Spatialisation des utilisations des pesticides à partir des données de ventes en Bretagne. Méthodologies de spatialisation et comparaison des sources de données OVB et BNV-d. Rapport final sur la situation bretonne. 66 pages.

Groshens E. 2014. Spatialisation des données de ventes de pesticides. Rapport sur les possibilités et limites d'une extrapolation de la démarche à l'échelle nationale. 37 pages.

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