• Réduire le texte

    Réduire le texte
  • Rétablir taille du texte

    Rétablir taille du texte
  • Augmenter le texte

    Augmenter le texte
  • Imprimer

    Imprimer

Les effets contrastés de l’hétérogénéité du paysage sur différents groupes d’oiseaux des milieux agricoles

L’hétérogénéité du paysage est un facteur clé pour la biodiversité dans les milieux agricoles. Ses effets contrastés sur différents groupes d’espèces d’oiseaux reposent sur des mécanismes écologiques en lien notamment avec leur habitat et leur alimentation.

Paysage de  GRANDE CULTURE  céréalière en  ILE DE FRANCE . Vol de pigeons sur un champ de céréales.. © © INRA, MAITRE Christophe
Mis à jour le 20/04/2015
Publié le 25/03/2015

De nombreuses mesures agri-environnementales (MAE) promeuvent des pratiques favorisant une hétérogénéité accrue dans les paysages agricoles. De récentes études mettent cependant en garde contre la généralisation des effets positifs de telles mesures. Elles pourraient avoir un effet négatif dans des paysages historiquement homogènes (ceux dominés par des prairies par exemples) et sur des espèces ayant un degré élevé de spécialisation à leur habitat. Peu de preuves empiriques de tels effets contrastés de l’hétérogénéité ont été apportées. De plus, la plupart des études se sont limitées à une description de l’hétérogénéité dans sa composante de composition (proportion des habitats dans le paysage). Les effets de la composante de configuration (agencement spatial des habitats) et de l’interaction des deux composantes méritent plus d’attention : ce sont eux qui conditionnent la capacité des espèces à accéder à leurs ressources.

Etudier les effets des deux composantes de l’hétérogénéité dans une large gamme de paysage et sur des espèces qui diffèrent par leur degré de spécialisation est donc nécessaire afin de s’assurer que l’application de MAE favorisant l’hétérogénéité bénéficie réellement à la biodiversité.

Des effets de la composition et de la configuration de l’hétérogénéité des paysages sur la biodiversité

Cette étude constitue une première puisqu’elle teste l’effet d’un même gradient d’hétérogénéité à l’échelle nationale sur des groupes d’espèces spécialistes et généralistes. Elle porte sur l’hétérogénéité entre prairies et cultures, et sur trois groupes d’oiseaux des milieux agricoles : spécialistes des prairies, spécialistes des cultures et généralistes (utilisant les deux habitats). En décrivant à la fois l’hétérogénéité de composition et de configuration, nous montrons qu’elles ne sont pas toujours corrélées, ce qui souligne qu’il est important de prendre en compte ces deux composantes. Les deux groupes d’oiseaux spécialistes atteignent des abondances maximales dans les paysages dominés par leur habitat principal et avec de faibles niveaux d’hétérogénéité de configuration. Pour ces espèces, nos résultats suggèrent qu’une hétérogénéité accrue a des effets négatifs car elle se traduit par la perte et la fragmentation de leur habitat. A l’inverse, le groupe d’espèces généralistes est positivement influencé par une forte hétérogénéité de configuration. Il est très probable qu’elle facilite l’accès de ces espèces aux différents types d’habitats et aux ressources qu’ils renferment.

 

Des effets contrastés de l’hétérogénéité des paysages aux dispositifs de politique publique

En démontrant les effets contrastés que peut avoir l’hétérogénéité du paysage sur différents groupes d’espèces, notre étude contribuera à l’amélioration de l’efficacité des politiques de conservation en milieu agricole. Elle montre également l’importance de l’hétérogénéité de configuration, une composante encore négligée dans les études et les dispositifs de politique publique. Différents types de MAE offrent aussi bien la possibilité de favoriser l’hétérogénéité du paysage que l’homogénéité des habitats ; toutes deux seront nécessaire afin de conserver différents groupes d’espèces. Comprendre comment coordonner l’adoption de ces mesures entre différentes exploitations pour atteindre les niveaux d’hétérogénéité souhaités au niveau du paysage constitue une perspective de ce travail. Une coordination sera également nécessaire à des échelles plus larges (région, pays) pour conserver des espèces des milieux agricoles qui ne constituent pas un groupe totalement homogène et peuvent avoir des besoins écologiques différents.

Ce travail a été réalisé dans le cadre du projet FarmBird - Coviability models of farming and bird biodiversity (ANR 2009-2012).

Ce travail et leurs résultats sont un des faits marquants de l'Inra Versailles-Grignon au titre de l'année 2014.

En savoir plus

Teillard F., Antoniucci D., Jiguet F. and Tichit M. 2014. Contrasting distributions of grassland and arable birds in heterogenous farmlands:  Implications for conservation. Biological Conservation 176: 243.