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Instabilité des prix alimentaires : quelles politiques de stabilisation dans les pays pauvres ?

Ce travail analyse des politiques optimales de stabilisation des prix alimentaire dans des pays en développement dans lesquels des consommateurs pauvres seraient dans l’incapacité de s’assurer contre le risque de prix. Même conçues de manière optimale, ces politiques évincent les acteurs du secteur privé, sont complexes et restent source de volatilité pour les pays partenaires commerciaux.

Paysan indien devant sa cabane dans un champ de millet. Ossiyan, Rajasthan, Inde.. © © INRA, MADZAK Catherine
Mis à jour le 23/06/2015
Publié le 06/10/2014
Mots-clés : Prix agricoles

La flambée des prix agricoles de 2007/2008 et l’instabilité des prix qui prévalent depuis, ont relancé le débat sur les politiques de stabilisation des prix alimentaires dans les pays pauvres. Jusque-là, les préconisations des organisations internationales étaient d’éviter ces politiques et d’intervenir principalementviades aides directes aux populations les plus pauvres. La crise alimentaire a remis en question cette doxa dans la mesure où certains des pays les plus interventionnistes (Chine, Inde…) sont aussi ceux qui ont le moins ressenti les effets de la crise mondiale.

Du fait de la popularité de ces politiques de stabilisation des prix dans certains pays en développement, il est nécessaire de comprendre les effets de ces politiques et d’identifier la meilleure manière de les concevoir.

Afin de permettre la définition de politiques optimales de stabilisation des prix, une première étape est d’identifier un ou plusieurs échecs de marché justifiant une intervention publique. Dans une perspective de sécurité alimentaire, ce travail s’est ainsi concentré sur l’incapacité des consommateurs pauvres à faire face aux risques liés à la volatilité des prix alimentaires, mais d’autres justifications comme l’importance de la stabilité des prix pour les décisions de productions auraient pu être considérées et auraient mené à des conclusions similaires.

 

Analyser les politiques de stabilisation des prix

En s’inspirant des approches mobilisées en macroéconomie, ce travail montre comment construire des politiques optimales de stabilisation des prix alimentaires - des plus complexes et performantes, les politiques contingentes à la situation économique avec engagement de l’état, aux plus simples et robustes, les règles simples d’intervention, qui peuvent permettre de déléguer la gestion de ces politiques - avant d’évaluer leurs performances.

Mêmes conçues de manière optimale, ces politiques présentent de nombreux défauts :

  • une politique optimale de stockage public a pour conséquence un évincement complet des stockeurs privés, ce qui implique une intervention publique beaucoup plus importante que la seule augmentation du niveau moyen des stocks. Cela implique aussi que la transition d’une situation caractérisée par une importante intervention publique vers un système de marché est rendue difficile par l’étendue de l’intervention publique nécessaire et sa capacité limitée à permettre l’existence d’acteurs du secteur privé ;
  • les politiques optimales peuvent être complexes à mettre en œuvre, ce qui justifierait de considérer aussi les effets de règles simples de stabilisation qui ont pour objectif de capturer une partie des gains d’une politique optimale mais sous la forme d’une intervention publique se résumant à des mécanismes d’intervention simplifiés. Les effets de telles règles sont contrastés : une subvention constante au stockage privé permet d’atteindre des gains de bien-être équivalents à la politique optimale tout en décentralisant l’intervention aux acteurs privés ; au contraire, une politique de bande de prix, pourtant très populaire, a de bien plus mauvaises propriétés. Il est difficile de déterminer quelle serait la bande de prix optimale et une erreur sur les paramètres choisis est susceptible d’amener à des pertes de bien-être plutôt qu’à des gains ;
  • en économie ouverte, une politique de stockage optimale doit être complétée par une politique commerciale contra-cyclique pour permettre un stockage domestique relativement indépendant du marché mondial. Cette combinaison, très efficace pour stabiliser les prix domestiques, représente aussi une source potentielle d’instabilité pour le marché mondial du fait de l’aspect non-coopératif des politiques commerciales.

Ces résultats fournissent un cadre conceptuel permettant à des pays souhaitant implémenter des politiques de stabilisation des prix de le faire au mieux même s’ils tendent à en relativiser les bénéfices.

Ce travail a été mené dans le cadre du projet européen FP7 AgFoodTrade (2008-2011) « New Issues in Agricultural, Food and Bioenergy Trade / Un nouveau regard sur le marché mondial de l'agriculture» coordonné par l’Inra.

Ce travail et leurs résultats sont un des faits marquants de l'Inra Versailles-Grignon au titre de l'année 2013.

En savoir plus

Gouel C. 2013. Optimal food price stabilisation policy. Eur. Econ. Rev. 57: 118.

Gouel C. 2013. Rules versus discretion in food storage policies. Am. J. Agr. Econ. 95: 1029.

Gouel C. and Jean S. 2013. Optimal Food Price Stabilization in a Small Open Developing Country. World Bank Econ. Rev. doi: 10.1093/wber/lht018