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Réduire l’usage des pesticides pour augmenter les populations de vers de terre dans les sols agricoles

Faune du sol et traitements phytosanitaires ne font pas forcément bon ménage. Des chercheurs de l’Inra Versailles-Grignon ont mis en évidence qu’une réduction de moitié des pesticides conduit à une nette augmentation des populations de vers de terre vivant plus particulièrement au contact de la surface du sol. Des résultats à considérer dans la perspective de voir évoluer les pratiques agricoles.

Dénombrement des populations de vers de terre, une des composantes biologiques mesurées pour chaque systèmes dans l'expérimentation système SIC (systèmes innovants sous contraintes) de Grignon.. © inra
Par Elodie Dincuff
Mis à jour le 01/09/2014
Publié le 22/07/2014

L’intensification des pratiques agricoles a conduit à une perte de biodiversité dans les zones cultivées mais les bénéfices potentiels des pratiques biologiques ou à faible niveau d’intrants sur la biodiversité, et en particulier sur la faune du sol, ne sont pas connus avec précision. Ainsi, les vers de terre, qui assurent des fonctions agro-écologiques importantes, peuvent être affectés par l’utilisation de pesticides.

Un point que les chercheurs de l’Inra Versailles-Grignon et leurs collègues ont exploré.

Différentes espèces de vers de terre des sols agricoles

Les scientifiques se sont intéressés à trois espèces de vers de terre présents dans les sols cultivés :

  • Lumbricus castaneus affectionne tout particulièrement les couches superficielles des sols ;
  • Allolobophora chlorotica vit dans les premiers centimètres de sol où il se nourrit ;
  • Lumbricus terrestris fréquente les profondeurs du sol et se nourrit en surface.

dont ils ont suivi les populations dans 30 parcelles agricoles de la région parisienne, entre 2005 et 2012. La moitié de ces parcelles était exploitée de façon conventionnelle, l’autre était gérée en agriculture biologique. Toutes étaient labourées régulièrement et de la même manière ; les prélèvements ont été réalisés alors qu’elles étaient cultivées avec du blé d’hiver. Ils ont ainsi dénombré jusqu’à 135, 105 et 44 individus par m² pour A. chlorotica, L. castaneus et L. terrestris.

L’utilisation de produits phytosanitaires a été évaluée en calculant les indices de fréquence de traitements (IFT) pour chacune des parcelles, de façon globale et selon le type de pesticides (fongicides, herbicides, insecticides). L’IFT moyen des parcelles conventionnelles sur un an était de 4,1.

L’indice de fréquence des traitements en détails

L’indice de fréquence des traitements ou IFT, est un indicateur d’intensité d’utilisation de produits phytosanitaires.

Il correspond au rapport entre la dose appliquée et la dose homologuée rapportée à la surface traitée. Par exemple, un hectare traité avec un herbicide à 70 % de la dose homologuée compte pour 0,7.

Mis au point au Danemark dans les années 80, l’IFT peut être calculé à différentes échelles - parcelle, culture, exploitation…-  et selon le type de produit phytosanitaire (fongicide, herbicide, insecticide, parasiticide).

Vers de terre, pas tous égaux face aux pesticides

L’analyse statistique des données a permis aux chercheurs de prévoir l’évolution de la densité de vers de terre au champ en fonction de l’utilisation des pesticides.

Ainsi, une augmentation de l’IFT total de 0 à 4,5 (soit la valeur de l’IFT des parcelles biologiques versus celle de l’IFT total de référence déterminé en 2006 à l’échelle de la France augmentée de 25 %) décimerait de façon drastique les populations de L. castaneus, qui conserveraient tout juste 5 % de leurs effectifs. Elle affecterait plus modérément les deux autres espèces, lesquelles maintiendraient environ 30 % de leurs populations.
Les scientifiques expliquent cet effet délétère des pesticides sur les vers de terre par des conséquences létales potentielles des applications fréquentes de produits phytosanitaires, des impacts négatifs sur la fécondité et la croissance des vers de terre et une fuite de ces derniers hors des parcelles traitées. Toutefois, toutes les espèces ne sont pas concernées de la même façon. L. castaneus suivi de près par L. terrestris est plus sensible qu’A. chlorotica, ce qui suggère que les vers de terre sont d’autant plus affectés par l’utilisation de pesticides qu’ils évoluent à la surface du sol.

D’autre part, tous les traitements par les pesticides ne produisent pas le même effet : les insecticides ont, d’une manière générale, plus d’incidence que les herbicides ou les fongicides sur ces trois espèces de vers de terre.

A l’inverse, une réduction de 50 % des pesticides (IFT total de 1,9 soit la moitié de la valeur de référence établie en 2006 à l’échelle de la France) comme le prévoit le plan Ecophyto 2018, conduirait à une nette augmentation des populations de vers de terre : les densités de L. castaneus seraient multipliées par 4,8 et celles de L. terrestris et A. chlorotica par 1,5 avec, dans leurs sillages, toute une cohorte d’effets bénéfiques pour les sols - structuration, entretien, fertilité….

Aujourd’hui, plus que jamais, l’évaluation des risques liés aux pesticides pour la santé humaine et l’environnement est un enjeu majeur de politique publique et leur réduction est un des principaux objectifs du plan Ecophyto 2018 qui prévoit notamment le suivi d’indicateurs. Parmi ces derniers, l’indice de fréquence de traitements (IFT) se révèle, à travers cette étude, être un indicateur pertinent à même d’accompagner les exploitants pour positionner leurs pratiques et envisager de les faire évoluer pour le plus grand bénéfice des sols agricoles et de leurs valeureux habitants.

En savoir plus

Pelosi C. et al. 2013. Reduction of pesticide use can increase earthworm populations in wheat crops in a European temperate region. Agr. Ecosys. Environ. 181: 223.