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Tour d’Europe : le blé tendre sait s’adapter

Des chercheurs de l’Inra Versailles-Grignon et de Rennes ont mis en évidence qu’au terme de trois années de culture dans huit fermes européennes, différentes variétés de blé tendre évoluaient sensiblement. Cette évolution ne remet pas en question l’appartenance variétale de ces blés, elle souligne leur capacité à s’adapter à leur environnement. Par exemple, certaines variétés paysannes* se sont montrées aussi performantes que les variétés modernes. Elle illustre également le rôle des agriculteurs dans la gestion des performances variétales.

Parcelle d'essai de blés de l'UMR de génétique végétale basée à la ferme du Moulon à Bures-sur-Yvette.. © Bertrand NICOLAS - Inra, NICOLAS Bertrand
Mis à jour le 03/06/2015
Publié le 13/08/2013

La biodiversité, concept récent, concerne également et les variétés utilisées en agriculture et la contribution des agriculteurs à la création et au maintien de la diversité.

Voyage au cœur de l’Europe pour neuf variétés de blé tendre 

Dans le cadre d'un programme de recherche européen, Farm Seed Opportunities (FP6), les chercheurs de l’Inra Versailles-Grignon et Rennes ont étudié l’évolution et la capacité d’évolution de variétés de blés tendre (Triticum aestivum) cultivées dans huit fermes de France, d’Italie et des Pays-Bas, et choisies pour leurs qualités en panification artisanale ou leurs performances agronomiques en agriculture biologique ou en conditions de culture à faible niveau d’intrants.
En pratique, chaque agriculteur cultivait ces variétés chez lui, récoltant les semences qu’il utilisait l’année suivante pour ressemer. Au terme de la troisième année de culture, les scientifiques ont déterminé différents paramètres au niveau de la plante (couleur, hauteur, insertion des feuilles, caractère barbu …) ou des épis de blé (nombre d’épillets, nombre de grains par épi, poids des grains par épi, longueur des épis …). Pour chacune des variétés, les résultats au sein de chaque ferme étaient comparés à un échantillon d'origine de la variété considérée.

Au programme : un panel de blés cultivés dans huit fermes européennes

  •     trois variétés de pays - Haute-Loire du centre de la France, Piave et Solina d’Abruzzo du nord ou du centre de l’Italie ;
  •     une variété historique de la fin du XIXe siècle, Rouge de Bordeaux ;
  •     trois mélanges issus des pratiques à la ferme : (1) Zonnehoeve, un mélange de deux variétés modernes pures, utilisé dans le centre des Pays-Bas ; (2)  Blé de Redon, un mélange de sept variétés locales du pays de Redon (Bretagne) et (3) un mélange de Touselles comprenant trois variétés de pays de blé tendre et une de blé poulard (Triticum turgidum) ;
  •     deux variétés commerciales modernes sélectionnées initialement pour répondre aux besoins de l’agriculture conventionnelle, Aubusson, et de l’agriculture biologique, Renan, ont été également utilisées à titre comparatif.

Un potentiel évolutif à explorer

A l’issue de ces expériences, les chercheurs ont mis en évidence que toutes les variétés de blé tendre étudiées, qu’elles soient de pays, historiques, mélanges fermiers ou variétés modernes, montraient une évolution sensible en comparaison de l’échantillon initial, les variétés les plus homogènes génétiquement variant le moins.
Dans certains cas, des variétés de pays, historiques ou mélanges fermiers se sont montrées aussi performantes agronomiquement que les variétés modernes. Ainsi, Rouge de Bordeaux se comportait-il très bien partout avec notamment une teneur en protéines supérieure, offrant de nouvelles perspectives aux agriculteurs européens tandis que Solina d’Abruzzo, issue des terres pauvres des montagnes du nord de l’Italie montrait quelques difficultés sur les terres fertiles des Pays-Bas. Cette évolution traduisait la capacité de ces blés à s’acclimater en dehors de leur zone d’origine. Ces changements modérés ne remettent pas en cause l’identité variétale de ces blés. Cependant, ils amènent à s’interroger sur la prise en compte des conditions environnementales dans les systèmes en agriculture biologique ou à faible niveau d’intrants, et sur l’intérêt du critère d’homogénéité dans l’évaluation et la conservation des variétés pour ces milieux.
Globalement, l’ensemble de ces résultats illustre la capacité d’adaptation de ces variétés en fonction de leur environnement.
Ce potentiel évolutif revêt tout son intérêt si l’on évoque le changement climatique en cours et si, à une sélection naturelle, s’ajoute une sélection massale, c’est-à-dire une sélection de plantes ou d'épis conduite par les agriculteurs à la ferme. Ceux-ci pourraient contribuer à maintenir et améliorer les performances des variétés de pays, historiques ou mélanges fermiers dans un environnement moins prédictible, trouvant leur place dans un espace réglementaire adapté qui se prépare actuellement en France et en Europe.

* Une variété paysanne se caractérise par un processus de sélection, de multiplication et de conservation opéré par le paysan dans ses champs ou par des artisans-semenciers, en pollinisation libre. Elle est nécessairement reproductible et issue d'une variété-population, généralement diversifiée et évolutive, non inscriptible au catalogue officiel (au contraire des variétés modernes), du fait de son hétérogénéité génétique.

Référence

Dawson J.C., Serpolay E., Giuliano S., Schermann N., Galic N., Berthellot J.F., Chesneau V., Ferte H., Mercier F., Osman A., Pino S. and Goldringer I. 2013. Phenotypic diversity and evolution of farmer varieties of bread wheat on organic farms in Europe. Genetic Resources and Crop Evolution 60: 145.