Maigrir : bien plus qu’une simple question d’alimentation

Aujourd’hui, surcharge pondérale et obésité sont des problèmes majeurs de santé publique. Les chercheurs de l’INRA Versailles-Grignon ont montré que la classe sociale, les trajectoires individuelles et les liens familiaux impactent les pratiques que les femmes de la classe ouvrière du Nord de la France mettent en œuvre pour perdre du poids. Leurs résultats dépassent le simple lien que l’on pourrait supposer exister entre alimentation et régimes amaigrissants.

Paris, Salon International du Machinisme Agricol 2003.. © Inra, MAITRE Christophe
Mis à jour le 14/02/2013
Publié le 05/12/2012

Si à la Renaissance, les femmes, plus que les hommes, devaient être rondes, plantureuses et généreuses, aujourd’hui, la minceur est de mise tandis que le surpoids et l’obésité sont devenus de réels problèmes de santé publique. En France, 32 % des adultes sont en surpoids tandis que 15% présentent une obésité, avec une nette prévalence chez les femmes (Source : Obépi Roche 2012).

Trois façons de maigrir

Dans ce contexte, les chercheurs de l’INRA Versailles-Grignon se sont intéressés aux moyens que les femmes mettent en œuvre pour perdre du poids. Ils ont mené cette étude dans le Nord de la France, une région fortement touchée par l’obésité (21 %) auprès de femmes de la classe ouvrière, une population particulièrement affectée par ce problème.
Ces femmes avaient préalablement participé à un programme d'éducation alimentaire. Celui-ci alternait, sur trois mois, entre les recommandations d'un diététicien, les conseils d'un psychologue et la sensibilisation à l'importance de l'exercice physique tout en cherchant à donner aux participantes les moyens d'être autonomes dans leur démarche pour perdre du poids.

A partir des éléments d’enquêtes et d’observations recueillis au cours de ce programme, au travers d’observations et d’interviews complémentaires,les scientifiques ont mis en évidence que ces femmes utilisent trois techniques pour maigrir :- des procédés physiques qui, tels que les médicaments ou la chirurgie, agissent sur le corps sans que les habitudes alimentaires des personne soient modifiées ;- des techniques restrictives qui limitent les apports d’aliments, témoignant d’une perception de la diététique en tant que discipline pour perdre du poids ;- des pratiques culinaires qui conjuguent conseils nutritionnels, programmes minceurs et livres de diététiques pour revisiter, sans restriction aucune, le quotidien alimentaire.

Maigrir, plus qu'une simple question d'alimentation

La mise en œuvre de ces pratiques traduit la relation qu’ont ces femmes avec leur corps, la santé et l’alimentation et varie selon leur niveau social : par exemple, les plus défavorisées, généralement sans emploi, ont recours aux méthodes physiques dans lesquelles elles trouvent une solution immédiate à un problème qu’elles jugent esthétique ; les plus favorisées, bien insérées dans leur vie professionnelle, préfèrent modifier leurs pratiques culinaires, mettant ainsi en place une solution progressive à un problème qui leur paraît médical tout en s’appropriant les standards des classes sociales supérieures.Les scientifiques soulignent le rôle clé joué par les changements de statut social de ces femmes au cours du temps, ainsi que par les différences entre leur statut social et celui de leurs enfants – on parle de mobilité sociale. Ainsi, une mère peut trouver, dans l’ascension sociale de sa fille, des éléments stimulants pour prendre soin d’elle et entamer un régime amaigrissant à la faveur d‘une certaine complicité mère-fille faite de partage et de connivences. Au contraire, cette mobilité, parfois accompagnée d’un éloignement géographique, peut distendre les liens entre la fille et sa mère, plongeant cette dernière dans un isolement qui l’enjoint peu à s’occuper d’elle.Plus largement, ils soulignent l’importance des liens familiaux dans l’approche et la pratique des régimes amaigrissants. Surveiller son poids ou débuter un régime amaigrissant est plus susceptible de se produire lorsque la nourriture est au cœur des échanges familiaux, en particulier dans le contexte français où les repas sont un moment crucial de la vie de famille.Tandis que cette étude, originale, pointe du doigt le gradient social de l’obésité, elle montre plus encore que, dans la classe ouvrière, la connexion entre régimes amaigrissants et nourriture n'est pas systématiquement établie. Elle peut même être antinomique pour des femmes qui considèrent que la nourriture est un droit acquis, une victoire sur la frustration à laquelle elles ne sont pas prêtes à renoncer. Supposer un lien direct entre l'alimentation et les régimes amaigrissants, reviendrait alors à nier que la nourriture peut correspondre à d'autres fonctions sociales qui sont en concurrence directe avec le régime alimentaire.

Référence

Lhuissier A. 2012. The weight-loss practices of working-class women in France. Food culture and society 15: 645.

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