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Utiliser des vers de terre pour homologuer des pesticides : oui mais pas n’importe lesquels

Evaluer les risques liés à l’utilisation des pesticides en vue de leur homologation nécessite aujourd'hui, entre autre, d’apprécier leurs effets sur les vers de terre, et plus particulièrement sur l’espèce Eisenia fetida. Celle-ci constitue actuellement l’espèce de référence alors qu'elle n'est pas présente dans les sols cultivés. Des chercheurs de l’Inra Versailles-Grignon ont mis en évidence que certaines espèces fréquentes dans les sols cultivés, Aporrectodea caliginosa et Lumbricus terrestris, étaient plus sensibles aux pesticides qu’E. fetida. L’ensemble de leurs résultats montre qu’E. fetida n’est pas l’espèce la plus adaptée pour réaliser les tests d’homologation des pesticides.

Vers de terre (Lumbricus terrestris L.). Individus adultes reconnaissables à leur clitellum.. © Inra, FAYOLLE Léon
Mis à jour le 19/05/2015
Publié le 05/12/2012

Les pesticides utilisés en agriculture peuvent contaminer l’air, les eaux et des sols, avec des risques écotoxicologiques vis-à-vis des organismes vivants dans ces milieux. L’évaluation de ces risques est une étape clé pour l’autorisation de mise sur le marché de ces produits et pour la prévention de la contamination de l’environnement. Elle repose sur des études qui répondent aux exigences européennes (Directive 91/414 CEE) et comprennent notamment des tests qui ont pour objectif de mesurer les effets des pesticides sur les vers de terre. En Europe, il existe de très nombreuses espèces de vers de terre et ce sont ceux de l’espèce Eisenia fetida qui sont actuellement utilisés pour les tests d’homologation des produits phytosanitaires. Toutefois, il n'existe pas de véritable consensus sur la sensibilité des différentes espèces de vers de terre aux pesticides.

Les scientifiques de l’INRA Versailles-Grignon ont cherché à comparer la sensibilité de différentes espèces de vers aux pesticides. A cet effet, ils ont analysé 1800 publications scientifiques parmi lesquelles ils ont sélectionné 15 études particulièrement pertinentes pour répondre à leur objectif. Ils ont ensuite construit une base de données comprenant plusieurs variables issues de ces publications scientifiques. Parmi celles-ci, la dose létale médiane ou DL50, c’est-à-dire la dose d’une substance causant la mort de 50 % de la population de vers dans des conditions expérimentales déterminées, permet de caractériser la sensibilité d’une espèce de vers de terre à un pesticide donné.

Vers de terre et homologation des pesticides

Grâce à cette démarche statistique combinant les résultats d'une série d'études (ou méta-analyse), les chercheurs ont mis en évidence que deux espèces de vers de terre, Lumbricus terrestris et Aporrectodea caliginosa, sont plus sensibles aux pesticides qu'E. fetida. Les premiers évoluent dans les sols agricoles particulièrement concernés par l'utilisation de pesticides tandis qu'E. fetida affectionne plutôt les matières organiques en décomposition. On va ainsi plutôt le retrouver dans les fumiers ou dans les composteurs, les uns comme les autres étant fort peu concernés par l'utilisation des pesticides.

A la lumière de ces résultats, il semble nécessaire de reconsidérer le choix d'E. fetida pour la réalisation des tests d’homologation. Il semblerait plus pertinent d'utiliser l'espèce A. caliginosa dont l’élevage est par ailleurs facile, celui de L. terrestris étant plus contraignant.
Globalement, l’ensemble de ces travaux souligne l'intérêt des démarches de méta-analyses en écotoxicologie pour comparer la sensibilité de différentes espèces de vers de terre aux pesticides. Cette démarche pourrait être appliquée à d’autres organismes également utilisés pour l’homologation de pesticides ou pour d’autres tests d’écotoxicologie. Plus encore, ces travaux montrent que de nouvelles procédures d’homologation en lien avec l’utilisation d’A. caliginosa pourraient être définies. Si les pesticides ont fortement contribué à l’amélioration des rendements agricoles et permis un énorme progrès dans la maîtrise des ressources alimentaires, il n’en reste pas moins que leur nocivité pour l’homme et l’environnement reste une question sensible.

Les vers de terre

 Habitants bien connus de nos sols, les vers de terre comptent de nombreuses espèces qui se répartissent dans les différentes couches du sol :

  •  épigés, ils affectionnent tout particulièrement les feuilles mortes et les débris de végétaux déposés à la surface des sols de forêt et de prairies où ils constituent la litière. Petits par leur taille, ils arborent une couleur rouge-bordeaux soutenue. Ils répondent au doux nom d'Eisenia fetida, Lumbricus castaneus, Lumbricus rubellus ou encore Satchellius mammalis ;
  • endogés, ils vivent en permanence dans le sol où ils creusent des galeries horizontales. Rose, gris ou verts mais globalement peu colorés, ils sont de petite taille et se croisent là Aporrectodea caliginosa, Aporrectodea icterica, Octolasium cyaneum ou Allolobophora c. chlorotica typica ;
  • anéciques, ils fréquentent les profondeurs du sol dans lequel ils creusent des galeries verticales. Ils sont grands, pouvant atteindre un mètre, et de couleur rouge, brun ou noirâtre comme Lumbricus terrestris, Aporrectodea giardi ou Aporrectodea longa.

 Les vers de terre, selon l'espèce, contribuent plus ou moins à la structuration, à l'entretien et à la productivité des sols agricoles, forestiers et prairiaux.

En savoir plus

C. Pelosi, S. Joimel and D. Makowski. 2013. Searching for a more sensitive earthworm species to be used in pesticide homologation tests – A meta-analysis. Chemosphere 90: 895.

http://dx.doi.org/10.1016/j.chemosphere.2012.09.034