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Les tribulations du vanneau huppé dans le Marais poitevin

Concilier biodiversité et agriculture grâce à des mesures agro-environnementales fait encore l’objet de nombreux débats. Des chercheurs INRA Versailles-Grignon se sont intéressés à la conservation du Vanneau huppé dans Marais poitevin pour développer un modèle dynamique et comparer différentes mesures. Ils mettent en évidence que les mesures qui privilégient les résultats sont un bon compromis entre production et conservation.

Vanneau huppé au bord d'un étang. © RENAUD Guy
Mis à jour le 09/05/2015
Publié le 22/10/2012

Au-delà de la performance économique et de la sécurité alimentaire, l’agriculture d’aujourd’hui intègre des dimensions d’ordre environnemental, social et culturel. L’une des grandes questions est alors celle de la conciliation des objectifs de production agricole et de conservation de la biodiversité.

Depuis le début des années 90, des mesures agro-environnementales ont été mises en place en Europe pour favoriser cette multifonctionnalité. Ces mesures peuvent être :
- axées sur les moyens et privilégier la mise en œuvre de pratiques agricoles favorables à l’environnement ;
- orientées vers les résultats et reposer sur la rémunération de la biodiversité effectivement présente sur les parcelles ;
- centrées sur l’habitat et avoir pour objectif d’offrir un habitat convenable à des espèces cibles.
Des chercheurs de l’INRA Versailles-Grignon, en collaboration avec leurs collègues du CNRS et du MNHN, ont choisi de comparer ces trois types de mesures. Ils  se sont intéressés au Vanneau huppé, un petit échassier qui fréquente assidument les prairies humides du Marais Poitevin et dont le cycle de vie est fortement lié aux modes de gestion des prairies. Ils ont développé un modèle prenant en compte les dynamiques de populations de cet oiseau et de pâturage des prairies.

Efficacité des mesures agro-environnementales ou de résultats

Les scientifiques ont ainsi montré que pour un niveau de production similaire, les mesures agro-environnementales à objectif d’habitat (visant une hauteur de l’herbe adéquate tout en limitant le piétinement) ou de résultats (visant une certaine taille de populations d’oiseaux) garantissaient de meilleures performances écologiques que les mesures à obligation de moyens (impliquant des limitations du nombre d’animaux aux moments clefs du cycle de vie du Vanneau huppé).

Les mesures à objectifs de résultats permettent également plus de flexibilité en termes de  gestion du pâturage, laissant aux agriculteurs la liberté de choisir leur stratégie et de l’adapter aux conditions locales et aux variations climatiques ambiantes. La prise en compte des dimensions spatiales de la gestion des prairies en intégrant les interactions entre différentes exploitations sur le résultat global d’un territoire est la prochaine étape pour évaluer la faisabilité de telles mesures.

Mettre ainsi en discussion les stratégies de gestion des prairies en lien avec la conservation d’espèces sauvages liées à ces écosystèmes ouvre des perspectives en matière de négociations agro-environnementales.
 
Référence :
Sabatier R. Doyen L. and Tichit M. 2012. Action versus result-oriented schemes in a grassland agroecosystem: a dynamic modelling approach, PLoS ONE 7(4): e33257.  doi:10.1371/journal.pone.0033257.

En savoir plus

Le Vanneau huppé et les prairies humides de la Côte Atlantique

Le Vanneau huppé (Vanellus vanellus)  est présent en France et sur l'ensemble  de l'hémisphère nord.
La nidification a lieu au début du printemps. La femelle pond ses œufs dans une cavité aménagée au sol par le mâle durant la parade nuptiale. A cette période, les nids sont très sensibles au risque de piétinement par les bovins. L'incubation dure 26 jours. Les poussins quittent le nid quelques heures après l’éclosion et passent un mois à se nourrir par eux-mêmes avant de prendre leur envol. Ils sont alors très sensibles à la hauteur d’herbe dans la prairie qui peut entraver leurs déplacements si elle est trop haute.

Le pâturage a ainsi un double effet sur les oiseaux : d’une part, le piétinement risque de briser les œufs dans les nids mais d’autre part il limite la hauteur d’herbe et fournit un habitat favorable aux jeunes.  Toute la difficulté est donc de trouver le meilleur compromis entre les effets positifs et négatifs du pâturage.