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L’agriculture urbaine d’Antanarivo (Madagascar) au cœur des enjeux du développement durable

La prise en compte de l’agriculture urbaine dans les projets de développement des villes dépend fortement de sa durabilité. Des scientifiques de l’Inra Versailles-Grignon, du Cirad et leurs collègues malgaches ont récemment mis en évidence l’importance d’analyser les fonctions de l’agriculture urbaine pour statuer sur les rôles qu’elle peut remplir dans l’aménagement d’une ville en croissance.

L'agriculture urbaine de Antananarivo. © © INRA
Mis à jour le 04/07/2017
Publié le 21/07/2011

L’agriculture urbaine, c’est-à-dire localisée dans la ville ou à sa périphérie, est source de conflits d’intérêts entre production alimentaire et terre à bâtir. Elle devient ainsi partie prenante des enjeux de développement durable des projets d’urbanisation. Dans un contexte d’urbanisation croissante à l’échelle mondiale, on peut toutefois s’interroger sur la nature des facteurs susceptibles de régir la place de cette agriculture dans les schémas d’aménagement des régions urbaines.

C’est dans ce contexte que des chercheurs de l’Inra et du Cirad étudient avec leurs collègues scientifiques malgaches, depuis 2003, l’agriculture urbaine d’Antanarivo (Madagascar), une ville en pleine expansion au cœur d’un pays en voie de développement.

Une agriculture urbaine diversifiée 

La ville abrite une très grande diversité de systèmes de production. Ceux-ci ont pour points communs une base rizicole et/ou maraîchère et la présence fréquente de petits élevages. La culture maraîchère prédomine dans les collines où elle jouxte de petits élevages bovins. L’activité cressonnière s’est développée dans les bas fonds intra-urbains. Le riz domine dans la plaine d'inondation et les basses terres.
Ces systèmes de production  s’insèrent dans trois grands types de systèmes d’activité des ménages, selon que ceux-ci se consacrent exclusivement aux activités agricoles et à la valorisation des produits (vente directe) ou des sols (briqueterie), qu’un membre au moins de la famille travaille à l’extérieur ou que le chef d’exploitation lui-même est double actif.

Cette diversité est essentiellement liée à deux facteurs :

  • l'accès à l'eau, en quantité et en qualité qui favorise ou interdit certaines productions ;
  • la distance et l'accessibilité de la ville qui favorisent l’écoulement des produits mais aussi l’accès à d’autres emplois.

Des fonctions alimentaires et de protection contre des risques 

Antananarivo produit 90 à 100 % de ses légumes et 15 à 25 % du riz consommé annuellement.
Son prix est compétitif par rapport aux autres sources d'approvisionnement.
La plaine rizicole et les bas fonds intra muros remplissent également une fonction majeure d’absorption des pluies et cyclones, fréquents entre décembre et mars. Ils protègent ainsi la ville contre les risques d’inondations. 

Durabilité des exploitations d’agriculture urbaine 

Plusieurs de ces systèmes sont économiquement viables du fait de la combinaison d'activités. Toutefois, de nombreux problèmes se posent, en lien avec la productivité limitée, le statut précaire du foncier ou les risques sanitaires inhérents aux conditions de production (eaux d’irrigation chargées en polluants organiques, industriels ou en résidus phytosanitaires).
La distance à la ville joue, en riziculture et maraîchage, sur les performances économiques des filières, avec l’existence d’une zone optimale de production en proche périphérie. Cette localisation minimise le coût d’acheminement des produits et l’effet de la concurrence urbaine sur les prix des facteurs de production (foncier, main d’œuvre). Elle garantit aussi de bonnes conditions de production (sanitaires, fraicheur).

Agriculture urbaine et aménagement du territoire, des choix dûment instruits

A la lumière des connaissances acquises sur les fonctions que remplit l’agriculture urbaine dans l’agglomération d’Antananarivo, plusieurs décisions ont été prises, témoignages d’arbitrages politiques :

  • sauvegarde de la riziculture de la plaine nord, un moyen sûr et peu onéreux d’éviter les inondations de la ville basse et de pérenniser une fonction alimentaire ;
  • urbanisation préférentielle dans les zones agricoles déjà touchées par des pollutions industrielles, maintien des cressonnières intra muros, rentables économiquement  et difficilement urbanisables car inondables, avec de petits lagunages d’amont pour limiter la pollution.

Clairement, la durabilité de l’agriculture est liée aux exploitations et aux projets que les urbanistes ont sur les espaces qu’elle occupe. Ceux-ci peuvent tout autant compromettre une agriculture viable au nom d’impératifs d’infrastructures urbaines que préserver des espaces agricoles alors que les exploitations sont peu durables.
C’est la concordance entre les durabilités intrinsèques des exploitations et les reconnaissances par les urbanistes des fonctions qu’elles assurent pour la ville qui assurera la pérennisation de l’agriculture urbaine, dans les pays du Sud comme dans ceux du Nord.

Antananarivo à la loupe...

Capitale de Madagascar, Antananarivo compte presque 2 millions d’habitants. Bâtie historiquement au sommet d’une colline, la ville s’est ensuite étendue sur les éminences voisines et  leurs versants avant d’investir dans les dernières décennies les marécages en contrebas.
L’agriculture locale occupe près de 43 % des quelques 425 km² de l’agglomération : présente aujourd’hui jusqu’au centre-ville, elle occupe depuis longtemps les bas-fonds les plus inondables, la plaine environnante et les collines périurbaines. Elle bénéficie d’un climat tropical d’altitude (1250-1400 m).
Au travers d’enquêtes et d’analyses - qualité de l’eau, performances agronomiques des cultures… - les scientifiques ont caractérisé les activités, les fonctions et la durabilité au plan économique, social et environnemental de 250 fermes réparties sur neuf sites dans et autour d’Antananarivo.

Références

Aubry C., Ramamonjisoa J, Dabat MH, Rakotoarisoa J, Rakotondraibe J., Rabeharisoa L. 2012. Urban agriculture and land use in cities: an approach with the multifunctionality and sustainability concepts in the case of Antananarivo (Madagascar). Land use Policy 29: 429.

Ba A. and Aubry C. 2011. Diversité et durabilité de l’agriculture urbaine : une nécessaire adaptation des concepts ? Norois 221 : 11.